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Cuba sera-t-elle la prochaine cible de Donald Trump ?

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17.03.2026

Alors que l’opération « Fureur épique » s’enlise et bute sur la résistance des mollahs fondée sur le chaos dans le Golfe, le déclenchement d’un troisième choc pétrolier et l’embolie du transport maritime avec le blocage d’Ormuz, Donald Trump crie victoire et déplace l’attention de l’Iran à Cuba. Il a ainsi déclaré le 9 mars que « Cuba vit ses derniers instants » et qu’il pourrait lancer « une prise de contrôle amicale de Cuba... ou pas ! »

Négligée par Washington depuis le début du XXIe siècle, l’Amérique latine revient avec Donald Trump au cœur des priorités des États-Unis. Sa nouvelle doctrine dite de « Donroe » prétend créer une zone d’influence américaine s’étendant de la Terre de Feu au pôle Nord. Avec pour objectifs d’arrêter l’immigration illégale, de lutter contre le narcotrafic et de limiter drastiquement l’influence de la Chine, de la Russie et de l’Iran par la pression diplomatique mais plus encore par les menaces commerciales et militaires.

Donald Trump n’obéit pas plus à une stratégie cohérente pour l’Amérique latine que pour l’Iran. Ses décisions, impulsives et brutales, sont dictées par le rêve égotique de rester dans l’histoire - à défaut d’obtenir le prix Nobel de la paix - comme le président des États-Unis qui a désarmé et normalisé le Venezuela chaviste, l’Iran des mollahs et le Cuba castriste. Et de faire ainsi oublier sa défaite sans appel dans la guerre commerciale lancée contre la Chine, le chaos créé par la hausse anarchique des droits de douane dans l’économie américaine et mondiale, les violations systématiques de l’État de droit.

Arrestations arbitraires

Cuba présente de nombreux points communs avec le Venezuela et l’Iran. Tant qu’il fut soutenu par l’Union soviétique ou le Venezuela chaviste, le régime castriste a prospéré autour de l’exportation de la révolution et de la haine de l’Occident. Il n’en reste aujourd’hui plus rien, donnant raison à Fidel Castro qui avait fini par convenir que « le modèle cubain ne marche même plus pour nous ». La dictature ne cesse de durcir, renforçant la surveillance, multipliant arrestations et emprisonnements arbitraires. Elle a annihilé l’économie, important la totalité des biens essentiels. Elle a brutalisé et détruit la société, gangrenée par la criminalité et la drogue, minée par la violence, livrée au désespoir.

La chute de Nicolas Maduro a porté le coup de grâce à Cuba en l’isolant totalement et en asphyxiant l’économie avec l’arrêt des importations de pétrole vénézuélien. Les coupures d’électricité affectent jusqu’aux hôpitaux et aux écoles. L’eau, l’alimentation et l’essence font l’objet de pénuries chroniques. Les services de base de l’éducation, de la santé ou des transports en commun ne sont plus assurés. La seule solution pour les Cubains, trop affaiblis pour se révolter, reste l’exil, comme l’ont fait 2,5 millions d’entre eux depuis 2021 sur une population de 11,5 millions de personnes.

Au Venezuela, la production de pétrole se redresse

Marco Rubio entend mettre à profit l’affaiblissement du régime castriste pour lui appliquer le modèle de changement au sein du régime qui progresse au Venezuela autour de Delcy Rodriguez. Le 29 janvier a ainsi été votée à Caracas une loi sur les hydrocarbures qui met fin au monopole de l’État dans le secteur pétrolier, réduit les taxes et autorise le recours à l’arbitrage international pour les litiges. La production de pétrole, tombée à un million de barils par jour, se redresse grâce aux compagnies américaines et les recettes d’exportations sont affectées à un compte au Qatar puis reversées à Caracas sous le contrôle des États-Unis. Simultanément, une amnistie pour les prisonniers politiques est intervenue et la fermeture de la terrible prison de l’Hélicoïde, centre de torture du régime, a été annoncée.

Pour autant, l’avenir du Venezuela reste ouvert, entre libéralisation de l’économie avec pérennisation du régime, transition vers la démocratie ou survie du chavisme jouant, à l’image des mollahs iraniens, le temps long face aux incohérences et à la versatilité de Donald Trump. L’article 12 de la Constitution demeure en vigueur qui prévoit que les minéraux et hydrocarbures sont la propriété exclusive de l’État, ce qui bloque tout investissement étranger structurant. Surtout, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, et le ministre de l’intérieur, Diosdado Cabello, qui contrôle les services secrets et les milices chavistes, conservent la main sur le gigantesque appareil de répression qui n’a pas été démantelé.

Dupliquant la stratégie vénézuélienne, Marco Rubio a engagé des négociations secrètes avec Raul Guillermo Rodriguez Castro, l’un des petits-fils du « lider maximo ». Il pourrait cependant se heurter aux mêmes difficultés qu’en Iran car le président Diaz-Canel est décidé à ne pas capituler, les dirigeants du régime sont cachés dans les innombrables tunnels de La Havane, les forces armées révolutionnaires se préparent depuis 1959 à la guérilla en cas d’attaque américaine.

Spectaculaire virage à droite

Les États-Unis peuvent cependant s’appuyer sur le spectaculaire virage à droite de l’Amérique latine, prenant le contre-pied de la vague de gauche des années 2010 qui s’est brisée sur la corruption, la dégradation de l’économie (croissance limitée à 1,3 % du PIB en moyenne), mais aussi et surtout à l’insécurité avec l’expansion du narcotrafic et l’immigration - devenue un problème majeur avec l’implosion d’Haïti et du Venezuela. La révolution libérale engagée par Javier Milei en Argentine avec succès (croissance de 5 %, inflation en chute de 270 à 30 % par an, excédent budgétaire de 0,4 %, pauvreté réduite de 53 % à 29 % de la population) va ainsi de pair avec les victoires de José Antonio Kast au Chili, de Rodrigo Paz en Bolivie, de Daniel Noboa Azin en Équateur, de Nayib Bukele au Costa Rica ou de Nasry Asfura au Honduras. Ne restent plus, à gauche, que le Brésil et la Colombie, qui font profil bas, le Nicaragua en plein chaos, le Venezuela et Cuba, en sursis.

L’Amérique latine se trouve donc devant une occasion historique d’acclimater la liberté politique, faire décoller son économie et moderniser ses sociétés. Elle doit pour cela conjurer la tentation populiste et la violence révolutionnaire. Mais sans renoncer à la maîtrise de son destin ni adopter le modèle de démocratie illibérale, nationaliste et suprémaciste, porté par l’Amérique de Donald Trump. Mario Vargas Llosa rappelait en effet très justement que « le nationalisme est la culture de l’inculte, la religion de l’esprit de clocher et un rideau de fumée derrière lequel nichent le préjugé, la violence et souvent le racisme ».


© Le Point