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Choc pétrolier : la France refait les erreurs des années 1970

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25.03.2026

L’escalade s’accélère dans la guerre d’Iran avec la multiplication des attaques sur les infrastructures pétrolières et le blocage du détroit d’Ormuz, créant un risque majeur pour la sécurité énergétique mondiale, indissociable d’un nouveau choc pétrolier.

Les frappes israéliennes conduites le 18 mars sur le gisement offshore de South Pars ont entraîné une violente réplique de l’Iran sur le site gazier de Ras Laffan au Qatar - dont 17 % des capacités ont été gravement endommagées alors qu’il produit le cinquième du GNL consommé dans le monde - et sur le port saoudien de Yanbu sur la mer Rouge qui permet de contourner le blocus d’Ormuz. Simultanément, les installations pétrolières des Émirats arabes unis, du Koweït et de Bahreïn ont été ciblées et touchées.

Un prix du baril qui a presque doublé

La stratégie des mollahs consistant à étendre le conflit dans le temps et dans l’espace tout en frappant les infrastructures pétrolières des pays du Golfe provoque un choc d’offre sur le marché des hydrocarbures. Il est aggravé par le blocage du détroit d’Ormuz par lequel transitent 11 % du commerce mondial, 34 % du pétrole et 30 % du GNL mais aussi 20 % des engrais azotés ou du soufre. Avec pour conséquence immédiate une explosion des prix liée aux risques de pénurie. Depuis février, le prix du baril de Brent est ainsi passé de 60 à près de 120 dollars et celui du mégawatt/heure de gaz de 35 à plus de 63 euros.

Le choc pétrolier sera dévastateur pour une économie mondiale déjà affaiblie par l’éclatement de la mondialisation, la montée du protectionnisme et les tensions géopolitiques. Comme dans les années 1970, il impulse une dynamique de stagflation.

Les États-Unis sont protégés de la pénurie par leur position de premier producteur mondial grâce aux hydrocarbures non conventionnels. Pour autant, ils sont rattrapés par la hausse des prix, même si le baril WTI se traite environ 15 dollars en dessous du Brent. Et ce en raison de l’anticipation d’interventions de l’administration Trump qui pourrait libérer de nouvelles réserves stratégiques, mais surtout taxer voire interdire les exportations. Il reste qu’en guise d’âge d’or, l’économie américaine a une très forte probabilité d’entrer en récession si le baril s’établit durablement au-dessus de 100 dollars.

L’Asie, qui représente 84 % des exportations de pétrole transitant par Ormuz, et l’Europe sont touchés de plein fouet. La Chine est préservée en raison de ses formidables stocks stratégiques qui lui assurent 200 jours de consommation, de son alliance avec Moscou et de son avance dans la transition vers l’électricité, où elle est souveraine grâce à ses ressources de charbon et à ses investissements massifs dans le nucléaire et les renouvelables. Les pays d’Asie-Pacifique et l’Inde se tournent également vers la Russie, le charbon et le nucléaire.

Faillite de la politique énergétique

L’Europe demeure le continent le plus vulnérable en raison de la faillite de sa politique énergétique qui combine insuffisance de l’offre et des investissements, dépendance vis-à-vis des États-Unis et du Golfe, prix élevés pour les entreprises et les consommateurs. Depuis le début de la guerre d’Iran, la facture pour l’importation d’énergies fossiles a augmenté de plus de 6 milliards d’euros. Surtout, la zone euro est aspirée dans la stagflation. Au mieux, la croissance chutera à 0,9 % tandis que l’inflation s’installera à 2,6 %. La croissance deviendrait nulle et l’inflation s’envolerait à 4,5 % si le baril tendait vers 150 dollars - ce qui n’a rien d’impossible si les capacités de production du Golfe sont significativement amputées et le passage d’Ormuz durablement compromis. L’annonce de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, des Pays-Bas et du Japon de se tenir prêts à contribuer à la sécurité d’Ormuz une fois que les armes se seront tues, est - tout comme la coalition des volontaires pour l’Ukraine après le cessez-le-feu - dénuée de toute portée opérationnelle ou d’effet utile.

La situation de la France est particulièrement critique. La faillite des finances publiques, marquée par une dette de 3500 milliards d’euros insoutenable, ne lui laisse aucune marge de manœuvre. Pis, le calamiteux budget pour 2026 réédite les erreurs des années 1970 en réagissant à un choc d’offre par une politique de soutien de la demande, à travers la course folle des dépenses sociales, ainsi que par le matraquage fiscal d’entreprises déjà sous-compétitives.

1973 et 1979, retour sur deux fiascos

En 1973, le premier choc pétrolier résulta du quadruplement du prix du pétrole décidé par l’Opep en réaction au soutien d’Israël par les États-Unis lors de la guerre du Kippour. La facture pétrolière de la France passa de 1,5 à 4,5 % du PIB, prélèvement qui fut principalement mis à la charge des entreprises, cassant l’investissement et l’innovation. Simultanément, la relance budgétaire voulue par Jacques Chirac tourna au fiasco, conjuguant récession de 0,3 % du PIB, lourd déficit budgétaire (2 % du PIB) et déséquilibre majeur de la balance commerciale.

En 1979, le second choc pétrolier fut provoqué par la révolution islamique en Iran puis la guerre avec l’Irak en 1980. La relance à contre-courant de 1981 portant sur 1,8 % du PIB, associée à la hausse du SMIC de 10 % et des prestations sociales de 20 à 25 %, à la réduction de l’âge de la retraite à 60 ans et aux nationalisations, cassa le repositionnement des entreprises dans la nouvelle donne postkeynésienne, effondrant la croissance et le franc tout en provoquant l’envolée de l’inflation et du chômage ainsi qu’une fuite massive de capitaux. Elle mit la France aux portes du FMI en 1983, imposant le tournant de la rigueur.

En 1975 comme en 1981, la France commit l’erreur cardinale de répondre à une crise structurelle par des mesures conjoncturelles, de réagir à un choc d’offre par le soutien de la consommation tout en faisant supporter aux entreprises tout le poids de l’ajustement. C’est très exactement la ligne du budget de 2026 qui, dans la lignée de celui de 2025, ruine les entreprises françaises en leur infligeant la fiscalité la plus élevée du monde développé. En France, depuis les années 1970, on ne change jamais une politique économique qui perd.


© Le Point