France-Algérie : comment se souvenir sans s’agenouiller ? |
Lorsque j’ai interviewé Emmanuel Macron il y a quelques années, il s’est longuement exprimé sur un concept que j’ignorais alors : la « mémoire juste ». Ni ressassement obsessionnel qui alimente une rente mémorielle, ni oubli confortable qui empêche de construire un récit au passé et une identité au présent. Le concept clé, m’expliqua-t-il, il l’avait emprunté à Paul Ricœur, dans son fulgurant essai La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli. En gros : se souvenir sans s’y enfermer, oublier sans perpétuer l’injustice.
C’est que l’oubli est parfois une manière de vivre heureux, et se souvenir, une forme de générosité envers les générations à venir, pour les préserver de commettre les mêmes erreurs. Cette dialectique du souvenir et de l’oubli, Macron la convoquait pour parler de la France et de ses passés riches et difficiles : colonisation, guerre d’Algérie. Ricœur, lui, en faisait une politique de la « juste mémoire » : une mémoire qui n’est ni culte ni amnésie, mais effort de justice envers les victimes, appuyé sur le travail des historiens plutôt que sur la seule sacralisation des souvenirs.
Plus tard, je lis........