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Le nouveau blasphème britannique : nommer l’islamisme et tirer sur le messager

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02.03.2026

Gorton and Denton est une circonscription parlementaire britannique relativement récente du Grand Manchester. Elle juxtapose deux univers sociaux bien distincts. D’un côté, Gorton, au centre de Manchester : un quartier dense, peuplé d’habitants jeunes et souvent de passage, à l’image d’une métropole contemporaine façonnée par une immigration soutenue.

De l’autre, Denton, les faubourgs plus résidentiels de la ville : un électorat plus stable, solidement enraciné, qui conserve les codes et les réflexes d’une Angleterre plus traditionnelle, issue des milieux ouvriers et des classes moyennes modestes. Au total, 28 % des électeurs se disent musulmans et 41 % chrétiens.

Une élection partielle, prévue ce 26 février 2026, a été provoquée par la démission du député sortant, Andrew Gwynne. Très vite, l’enjeu aura dépassé les traditionnelles querelles locales sur les nids-de-poule et autres doléances municipales. Le scrutin s’est mué en test national, voire en affrontement par procuration sur l’orientation politique du pays.

Le Green Party, positionné sur une ligne écosocialiste, et Reform UK, formation populiste de droite, figurent parmi les trois principaux prétendants – le troisième étant le Parti travailliste. Interrogée sur l’attentat de 2017 à la Manchester Arena, la candidate du Green Party of England and Wales, Hannah Spencer, a soigneusement contourné les questions relatives à l’auteur, à ses motivations et au terreau idéologique dont il est issu.

Elle a préféré s’en prendre à ceux qui estiment que la Grande-Bretagne rencontre un problème d’intégration, que des sociétés parallèles se sont constituées et que l’islamisme relève d’une idéologie structurée plutôt que d’un extrémisme diffus et sans contours. « Les gens comme vous, a-t-elle lancé en visant le candidat de Reform UK Matt Goodwin et ses soutiens, divisent la population. »

Si cela ressemble à une diversion, c’est tout simplement parce que c’en est une. Elle fait glisser le centre de gravité de l’explication : on ne s’interroge plus sur l’idéologie qui nourrit la violence, mais sur le fait même de la nommer. À entendre certains, ce ne serait plus l’idéologie qui tue, mais les mots jugés déplacés qui l’évoquent.

Une même inversion se retrouve ailleurs en Grande-Bretagne aujourd’hui : la charge morale pèse sur les mauvaises épaules, tandis que les véritables responsables des dégâts s’effacent à l’arrière-plan. Les scandales des gangs de proxénètes en sont un cas d’école. Pendant des années, à mesure que se révélait l’exploitation massive de jeunes filles blanches par des réseaux composés majoritairement d’hommes musulmans, une seconde angoisse s’est imposée en parallèle : que se passerait-il si l’on évoquait trop frontalement les modes opératoires ou l’origine des auteurs ?

Le rapport de la baronne Louise Casey sur ces gangs a mis au jour « des exemples d’organisations qui évitaient totalement le sujet par crainte d’apparaître racistes ou d’attiser les tensions communautaires ». Politiques et hauts fonctionnaires ont adopté un vocabulaire dit « sensible » ; l’audit Casey relève que les agences « font preuve de prudence » pour ne pas enflammer les « tensions communautaires ». La police a même signalé que certaines autorités locales les dissuadaient de rendre publiques des condamnations, de peur de « provoquer des tensions ». À maintes reprises, le public a ainsi été averti que le véritable danger consistait à « attiser les divisions ».

Quand le blasphème revient par la rue

Un scénario analogue s’est rejoué après les événements survenus en 2021 à la Batley Grammar School. Un enseignant y avait montré........

© Le Point