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Un si long « moment Spoutnik »…

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08.04.2026

Quel extraordinaire spectacle que celui donné par la mission Artemis II… Et quelle leçon : c’est donc possible ! Cet exploit américain (auquel les Européens et les Canadiens sont associés, rappelons-le) nous ramène aussi à l’épopée de la conquête de la Lune. À plusieurs titres, d’ailleurs : au-delà du rêve spatial, Artemis II est une réponse américaine aux ambitions – lunaires mais pas seulement ! – de la Chine, tout comme le programme Apollo était un message à l’Union soviétique.

Un cinquième à peine des humains vivant aujourd’hui sur la Terre étaient nés le 20 juillet 1969, l’Histoire mérite donc qu’on la raconte à nouveau. Il faut se souvenir, notamment, qu’il ne s’est écoulé que douze ans entre le lancement, le 4 octobre 1957, du tout premier satellite par les Soviétiques, et le « grand pas pour l’humanité » de Neil Armstrong. La réponse fulgurante de l’Amérique après ce « moment Spoutnik » – expression désormais consacrée – enseigne que rien n’est jamais perdu…

En 1957, Eisenhower avait d’abord tenté de minimiser l’humiliation : « Ils ont envoyé une petite balle dans les airs », avait-il commenté. Mais la machine américaine était lancée. Et dans un discours spécial au Congrès, le 25 mai 1961, Kennedy annonçait l’objectif de mettre un pied sur la Lune « avant la fin de la décennie »…

Pourquoi y repense-t-on ?

Pourquoi est-ce utile d’y repenser ? Parce que le « moment Spoutnik » que vit l’Europe aujourd’hui s’étire en longueur. On pourrait – même si d’autres choix sont possibles – le faire remonter au 24 février 2022. Les chars de Poutine entraient en Ukraine et l’Europe, désarmée et dépendante du gaz russe, devait quémander l’aide de Washington. Il n’était alors pas beau à voir, le Vieux Continent… Il s’est néanmoins doucement réveillé, et, quatre ans après, a réussi à remplacer l’aide américaine à Kiev, tarie sous Donald Trump.

C’est un début, mais cela ne suffit pas : le danger poutinien n’a pas disparu, et le théâtre trumpien, entre Groenland, effets de manches à propos de l’Otan et tarifs douaniers, apporte son lot de brimades… Sans compter la guerre iranienne, dans laquelle les Européens sont des spectateurs impuissants…

Il serait toutefois faux de dire qu’il n’y a pas de prise de conscience. Le réarmement européen, bien que lent, est en cours. Et les grands pays européens redécouvrent quelques réalités simples. Les Britanniques, par exemple, estiment désormais majoritairement, à en croire les sondages, que le Brexit fut une erreur. Il faut dire qu’il leur aurait coûté, en cumul, 8 % de leur PIB, selon l’institut américain NBER… Les sondages nous disent aussi qu’ils déchantent sur la « relation spéciale » avec Washington et veulent se rapprocher de l‘Union européenne. Jusqu’à y revenir un jour ? Les choses ne sont pas si simples, mais le combat a changé d’âme…

En Allemagne, la crise énergétique de 2022 a secoué quelques fausses certitudes. Ainsi, la ministre de l’Économie, Katherina Reiche, a récemment suggéré, dans le Financial Times, que son gouvernement porte à nouveau de « l’intérêt » à l’énergie nucléaire… Il était temps !

À quand un « moment Kennedy » ?

En France, le « moment Spoutnik » se fait un peu moins sentir, tant le pays, comme son président, excelle à faire le beau. Un premier pas serait de reconnaître que son statut de cancre de la zone euro en matière de déficits est un obstacle à l’émergence d’une puissance européenne. Malheureusement, nous n’aurons la réponse à cette question que dans un an…

L’Europe serait bien inspirée, dans ce monde de muscles, de soigner sa timidité – ou sa frousse, c’est selon – et de mettre des mots sur les défis qui l’attendent. Songeons à ceux utilisés par Kennedy devant le Congrès le 25 mai 1961 : « Il est maintenant temps de faire de plus grands pas – temps pour une grande et nouvelle entreprise américaine, temps pour cette nation de prendre clairement un rôle de leader dans la conquête spatiale, qui, à bien des égards, pourrait détenir la clé de notre avenir sur Terre. Je crois que nous possédons toutes les ressources et les talents nécessaires. » À quand un « moment Kennedy » européen ?


© Le Point