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Les municipales, entre Poutine et les mollahs

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11.03.2026

On entend parfois dire que les tremblements du monde, et notamment la guerre en Iran, ont étouffé la campagne des municipales en France. Ce n’est pas tout à fait vrai, tant certains acteurs de notre théâtre politique – et pas des moindres – déploient d’énergie pour soutenir, directement ou indirectement, les intérêts de puissances étrangères hostiles, qu’il s’agisse de la Russie ou de l’Iran. La mâchoire lepénomélenchoniste, qui semble se refermer, pourrait, par le jeu des complaisances, être également nommée tenaille poutino-mollahrchique. Est-ce exagéré ? Voyons un peu…

Rappelons pour commencer que le RN, qui tente parfois de faire oublier ses accointances kremlinesques, a récemment – et spectaculairement – renouvelé son allégeance en votant, au Parlement européen, contre le prêt de 90 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine. Or, sans ce secours, Kiev ne tiendrait pas très longtemps et se retrouverait en tout cas en position de très grande faiblesse dans les négociations en cours. Autant cracher sur les tombes des soldats ukrainiens qui, depuis quatre ans, sont morts pour défendre leur pays, mais aussi sur une certaine idée de la démocratie libérale et de l’Europe…

Les Insoumis, eux, sont des cumulards de la servilité à l’égard des grands assassins de l’époque. Ils partagent avec le RN une même réticence à soutenir concrètement l’Ukraine – ils ne votent jamais les aides, ils s’abstiennent ou votent contre – et y ajoutent une autre complaisance, envers le Hamas, le Hezbollah ainsi que leur sponsor commun, le régime de Téhéran. À chaque fois qu’un missile s’abat sur l’un de ceux-là, LFI s’indigne avec une remarquable constance.

Les courbettes des Insoumis semblent même gagner en amplitude. Jean-Luc Mélenchon, lors d’un meeting à Marseille – pour les municipales ! –, a osé dire ceci : « Ils ne vaincront pas l’Iran. Parce qu’ils espéraient que le régime s’effondre… Le régime ne s’est pas effondré. Et l’invasion a soudé les -Iraniens. » Difficile de faire plus répugnant que cette tirade mensongère – il n’y a pas d’« invasion » –, mais surtout incroyablement méprisante pour les dizaines de milliers d’Iraniens tombés sous les balles des gardiens de la révolution en début d’année. Un crachat, là aussi, sur des tombes de héros…

Second tour Moscou-Téhéran

Revoyons, en ayant cela en tête, le fonctionnement de cette mâchoire des municipales. Le RN, dans la perspective de 2027, a manifestement choisi la droite – qu’il s’agisse de LR ou d’Horizons – comme adversaire principal. L’objectif est de la faire perdre, ou de lui substituer, quand c’est possible, sa force d’appoint, l’UDR.

Même schéma à gauche, où LFI veut éviscérer le Parti socialiste afin de s’assurer une position dominante. À ce titre, la plongée des Insoumis dans les profondeurs boueuses d’un discours antisémite de plus en plus assumé paraît correspondre à ses intérêts. Ceux, au PS, qui faisaient jusqu’ici semblant de ne rien voir et de ne rien entendre sont désormais bien obligés de prendre leurs distances. Chez LFI, on se délecte à l’avance de cette rupture, plus ou moins consommée selon les cas, espérant en tirer avantage.

Les tambouilles politiques ne sont certes pas toujours ragoûtantes, mais la proportion d’ingrédients avariés dans le débat s’accroît. Ce n’est en réalité que le début d’une longue année où se joueront, pour la France, beaucoup de choses. A-t-on vraiment envie d’un second tour de la présidentielle française entre Moscou et Téhéran ?

Tocqueville a écrit, dans De la démocratie en Amérique, cette sentence lugubre : « Il arrive quelquefois, dans la vie des peuples, un moment où les coutumes anciennes sont changées, les mœurs détruites, les croyances ébranlées, le prestige des souvenirs évanoui… » En sommes-nous là ? C’est loin d’être certain. Dans tous les cas, dans une démocratie, c’est le rôle des élections que de trancher. Et cela commence maintenant.


© Le Point