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Les jeunes sont trop pressés!

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On sait que la jeune génération a la capacité de concentration d’un écureuil sur un double espresso. Mais on vient d’atteindre un nouveau sommet.

Le 25 avril, les Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ) vont présenter un film en accéléré pour rejoindre le jeune public « pressé ». Un film de 100 minutes va être présenté en 66 minutes. Amour Apocalypse d’Anne Émond sera projeté à 1,5 fois la vitesse normale.

Sur le compte Instagram des RVCQ, quand on a annoncé ça, les internautes ont d’abord cru à une blague. « J’en reviens pas. Ça va être quoi après ? Écouter des courts métrages sur une tablette en chiant dans les chiottes du cinéma ? »

Puis des jeunes ont fait des suggestions : « Est-ce qu’il y aura l’option splitscreen où vous diffuserez la game du CH en même temps ? » ou « J’espère qu’il y aura l’option de voter pour “skip” des scènes lorsque le public veut voir la suite. »

Ça ne suffit plus que la jeune génération regarde en simultané leur ordi, leur cell et leur télé : en plus ils appuient sur le bouton « accélérez » pour absorber à la vitesse de l’éclair du contenu prémâché.

Si tu montres un film en accéléré, ça veut dire que tu n’as plus de temps morts. Plus de silence. Plus de respiration. Bref, plus d’intériorité. Plus le temps d’absorber une réplique ou de contempler un paysage.

Pas étonnant qu’on ait devant nous une génération de jeunes ultra-stressés. Pressés comme un citron, ils n’ont jamais le temps de laisser leur cerveau se REPOSER. Hyper sollicités. Hyper connectés. Hyper vigilants.

Un des plus beaux films que j’ai vus au cours des derniers mois, c’est Hamnet de Chloé Zhao. Un film qui prend son temps pour raconter l’histoire des ravages causés par la mort du fils de Shakespeare. Lors d’une scène magistrale, la comédienne Jessie Buckley (qui a d’ailleurs remporté un Oscar pour ce rôle) assiste pour la première fois à une pièce de théâtre et comprend le pouvoir de l’art. Le pouvoir de traduire des sentiments humains dans la beauté. Jamais ce film ne pourrait se voir « en accéléré ». C’est dans ses non-dits qu’il est beau.

En janvier, quand Matt Damon faisait avec Ben Affleck la promotion de leur film The Rip, il a dénoncé une pratique de Netflix lors du balado de Joe Rogan. Il a affirmé que les dirigeants de Netflix leur avaient demandé de résumer l’intrigue à plusieurs reprises pour les spectateurs qui ne regardent qu’à moitié, absorbés par leur téléphone.

Vous connaissez l’écrivain français Pierre Lemaitre, qui a eu le Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut ? Il participera en fin de semaine au Salon du livre de Québec. Radio-Canada lui a demandé ce qu’il pensait de l’arrivée de l’IA en littérature, en particulier pour les nouvelles générations.

« Je ne suis pas inquiet pour la littérature, mais je le suis pour les lecteurs. Parce que vous voyez, les lecteurs de demain sont les jeunes lecteurs d’aujourd’hui. Ils sont habitués maintenant à des formats d’information très courts, ce qui fait que je pense que les jeunes générations seront incapables de lire des romans de 600 pages. »

Je pense que Lemaitre a tort. Ce n’est pas qu’ils seront incapables de lire 600 pages. C’est qu’ils seront incapables de lire tout court.


© Le Journal de Québec