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Jérémy Gabriel et les sans-cœur

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tuesday

Le monde ne va pas bien. Problèmes de santé mentale. Violence. Dans les hôpitaux, les gardiens de sécurité sont munis de gilets anticouteaux. Mais dans le monde « en ligne » non plus, les gens ne vont pas bien.

J’ai été absolument soufflée, dégoûtée et attristée, la fin de semaine dernière, par la violence des réactions à mon entrevue avec Jérémy Gabriel à l’émission Dans le blanc des yeux, à LCN.

Que vous soyez d’accord ou pas avec la démarche entreprise par Jérémy Gabriel et la saga judiciaire qui l’a opposé à Mike Ward, force est d’admettre que le « petit » Jérémy est maintenant devenu grand et qu’à bientôt 30 ans, il fait preuve d’une grande maturité.

Dans l’entrevue de 48 minutes qu’il m’a accordée, il s’exprime dans un français impeccable, sa pensée est structurée, il est éloquent. En plus, dans l’entrevue, il raconte qu’il se réjouit pour Mike Ward d’avoir remporté le trophée du meilleur vendeur au dernier Gala des Olivier.

Un extrait de l’entrevue que j’ai publié sur Instagram a été vu 560 000 fois. C’est vous dire à quel point tout le monde et son voisin ont une opinion sur Jérémy Gabriel.

On peut très bien être à la fois « équipe Jérémy » et équipe Mike ». Je m’explique. On peut fort bien comprendre le combat de Ward pour la liberté d’expression ET comprendre le combat de Gabriel pour la reconnaissance des douleurs subies après des commentaires dégradants.

Mais les commentaires laissés sur Facebook et Instagram sont d’une hargne que je n’arrive pas à comprendre. Si tu ne veux pas entendre parler de l’histoire Gabriel-Ward, change de poste ! Mais pourquoi s’acharner sur un jeune homme de 29 ans qui a envie de regarder vers l’avenir ?

François C., de Val-d’Or, qui publie sur sa page Facebook une photo de lui à son mariage en compagnie d’Elvis, a écrit : « Y’est pas mort encore ? ».

Karine C., qui met des photos d’elle avec des fleurs dans les cheveux et des images de chat et qui ramasse des fonds pour un organisme qui vient en aide aux pères vulnérables, a écrit : « Ferme ta gueule stp ».

Pascal A., qui travaille comme « aide à la personne » dans un CHSLD, a écrit : « J’aime pas cette personne ». Hum, Pascal, pourquoi tu te lèves un samedi matin pour écrire ça ?

Stéphane F., de Drummondville, qui publie des photos de lui avec ses deux grandes filles, écrit : « Qu’est-ce qu’il fait encore là, lui ? ». Je me demande ce que Stéphane aurait pensé si Mike Ward s’en était pris à l’une de ses filles chéries.

Mais celui qui m’a le plus intriguée, c’est Steven M., de Saint-Chrysostome, qui a écrit : « Y’est pas mort lui ? ». Je n’en revenais pas de la violence de ses propos. Mais quand je suis allée sur la page de Steven, je suis tombée en bas de ma chaise. Sa page est remplie de photos de lui avec... son fils en fauteuil roulant. Comment peux-tu être le parent d’un enfant en situation de handicap et évoquer aussi frontalement la mort d’un autre enfant handicapé ?

Jérémy Gabriel est un résilient. Il étudie à l’université pour devenir enseignant. J’espère que, quand il entrera dans une salle de classe, il pourra expliquer aux élèves l’importance de ne pas intimider son prochain.

Il semble qu’il y a encore pas mal de travail à faire de ce côté-là. L’intimidation, c’est pas une blague.


© Le Journal de Québec