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Guerre en Iran: le Vietnam de Trump

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tuesday

Comment qualifier ce qu’il se passe en Iran ?

Un nouveau bourbier qui a de plus en plus des airs du vieux bourbier originel américain : celui du Vietnam.

Donald Trump, face à son incapacité de prendre le contrôle de la région et de trouver une voie de sortie, continue de repousser les limites.

Dimanche ? « Déchaîner les enfers sur l’Iran » en s’attaquant aux installations énergétiques civiles iraniennes. Lundi ? « Renvoyer le pays à l’âge de pierre. » Mardi ? « Une civilisation entière va mourir ce soir. »

Trump fait du Trump. Ces menaces de génocide sont si déraisonnables, si dangereuses, qu’il est difficile d’y croire.

Que faut-il y voir, donc ? Une forme tactique de négociation ? De la diversion pour l’envoi de troupes au sol et pour prendre le contrôle du détroit d’Ormuz ?

Peut-être, mais surtout de l’impuissance.

Faisons un détour par le passé pour comprendre le présent. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains, qui ont libéré les Européens du nazisme, se voient eux-mêmes comme les gendarmes du monde.

Ils sont intervenus partout sur le globe pour des raisons idéologiques au 20e siècle – en s’opposant au communisme ou par mission providentielle au début des années 2000 (importer la démocratie) – et toujours pour leurs intérêts – souvent pétroliers.

Là où les Américains ont réussi, c’est lors de leurs interventions « subtiles », dans des manœuvres « par en arrière » pour faire tomber des régimes et élire des pantins.

Ils ont notamment réussi en Iran (1953), au Guatemala (1954), au Chili (1973), au Panama (1989), en Libye (2011), contre l’État islamique (2014)... Récemment, au Venezuela, ils ont kidnappé Nicolas Maduro pour le remplacer par une présidente, qui mange dans la main de Trump. On pourrait même ajouter les frappes israélo-américaines de juin dernier sur les installations nucléaires en Iran.

Là où les Américains se sont plantés, c’est lors des grandes guerres sans réel objectif. Depuis 1945, les Américains en ont lancé cinq. La guerre de Corée, du Vietnam, d’Irak, d’Afghanistan ? À l’exception de la guerre du Golfe de George Bush père en 1991, qui sera courte et limitée, toutes se sont soldées par des échecs ou le statu quo.

L’Iran ressemble de plus en plus à un autre de ces échecs militaires américains, à un nouveau Vietnam pour Trump, même si cette guerre ne durera pas aussi longtemps.

Comme au Vietnam initialement, les Américains pensaient pouvoir renverser un régime uniquement par des frappes aériennes. Mais le régime iranien tient, comme les Nord-Vietnamiens tenaient jadis.

C’est le concept de guerre asymétrique : malgré une domination militaire de l’empire américain, les Iraniens ont une capacité de nuisance par la guerre des drones et le contrôle du détroit d’Ormuz.

Bref, cette guerre en Iran, qui devait intégrer la catégorie des guerres rapides et révélatrices de la puissance américaine, bascule progressivement dans la catégorie des bourbiers.

Celle qui se finit en défaite, sans but atteint, qui entache la réputation américaine, et qui empire la situation.


© Le Journal de Québec