J’aurais voulu être un libéraaal!

La merveilleuse chanson de Claude Dubois sur les rêves brisés m’est revenue en tête.

Ça doit en effet être formidable d’être libéral au Québec.

Vous cherchez un chef.

Vous faites venir d’Ottawa un homme qui expose ses limites depuis 20 ans.

Pas grave, il est connu, ça devrait suffire.

Oups, ça ne suffit pas. Adiòs, Pablo !

Ouais, pas un gros choix. On prend donc celui qui a terminé deuxième la fois précédente.

C’est un pharmacien aussi connu que ma quatrième voisine du côté gauche, mais il est jeune, souriant et dynamique comme un animateur dans un Club Med.

Son plan ? Je viens de vous le dire : être jeune, souriant, dynamique comme au Club Med, et prononcer le mot référendum au minimum six fois par jour.

Et hop, l’aiguille remonte.

Au rayon des bienfaits du ciel, la Fée des étoiles est d’une générosité sans limites pour le PLQ.

Comme vous êtes souvent et longtemps au pouvoir, forcément, vous y développez des habitudes relâchées en matière d’éthique.

Des esprits chagrins avancent que c’est dans votre culture ou, comme on dit aujourd’hui, dans votre ADN.

Les Québécois vous punissent-ils ? À peine.

Ils vous traitent comme la mère de Caillou.

Hon, Caillou, mon petit chenapan, fais plus attention la prochaine fois...

Au pire, les Québécois vous envoient vous reposer dans l’opposition pour quelques petites années.

Des histoires, qui couleraient pour de bon tout autre parti, vous glissent dessus comme l’eau sur le dos d’un canard.

Les Québécois sont habitués à vos relâchements, comme ils endurent, les yeux au ciel, les farces plates de mononcle Jean-Guy chaque Noël.

Il y en a même qui vous « aiiiiiiiiiment ».

Pour l’emploi, c’est également formidable.

Quand vous êtes momentanément écarté du pouvoir, aucun problème, il y aura toujours une firme de relations publiques, de lobbying, de construction ou d’ingénierie ou encore la très grosse machine fédérale qui vous trouveront une sinécure en échange d’un chèque de paie.

Une seule condition, mais elle est importante : ne jamais oublier qui vous a aidé quand vous aurez rebondi.

Bâtir un programme étoffé ? Il n’y a que ces naïfs de péquistes pour croire à ces niaiseries.

Il suffit de dire deux phrases sur la prospérité économique et sur être-un-partenaire-dynamique-au-sein-de-la-fédération-canadienne, de le dire évidemment avec un sourire jeune et éclatant, et, bien sûr, c’est la poudre à pâte magique, répéter le mot ré-fé-ren-dum.

Au moins six fois par jour, je vous l’ai dit, et avec un verre d’eau.

Et dès que vous revenez au pouvoir, vous importez des dizaines de milliers de futurs électeurs libéraux.

C’est immanquable comme une recette de Ricardo : anglophones + allophones + francophones qui savent qui beurre les rôties + francophones qui craignent une pénurie de dentifrice.

Pendant que ces péquistes niaiseux s’acharnent à vouloir tirer les Québécois vers le haut, vous leur donnez ce qu’ils demandent : des « pinottes ».

Et ça marche depuis 150 ans.

Vous êtes décidément très forts.


© Le Journal de Québec