Un silence assourdissant sur la crise du logement

Au second débat à la chefferie caquiste, l’animateur a posé une question sur la crise du logement et les hausses vertigineuses des loyers. En réponse, les deux candidats ont néanmoins surtout parlé d’accès à la propriété. Misère...

Sauf pour répéter la pensée magique ambiante selon laquelle il faut « construire et construire », le silence assourdissant de Christine Fréchette et Bernard Drainville sur des solutions concrètes n’a toutefois rien d’étonnant.

Il est le reflet parfait de l’inaction béate de leur gouvernement depuis des années devant la pire crise du logement des dernières décennies.

Tellement qu’en plus d’appauvrir de nombreux Québécois ou les obliger à demeurer dans des appartements inadéquats, elle provoque du même coup une montée fulgurante de l’itinérance à travers le Québec.

Or, sur ce sujet, les deux candidats à la succession de François Legault sont aux abonnés absents. Seul l’accès à la propriété pour les plus jeunes commande leur attention.

Leur leitmotiv de « construire, construire » pour contrer à lui seul la crise du logement confirme aussi à quel point ils ignorent la réalité. Ne savent-ils pas que les tours à « unités locatives » qui se multiplient proposent elles aussi des loyers beaucoup trop élevés ?

Sans compter que les loyers du parc locatif existant continuent eux aussi de grimper en flèche.

Une maladie honteuse ?

À la Coalition Avenir Québec, l’impression est que le statut de locataire frôle la maladie honteuse. Hors de la propriété immobilière, point de salut.

Les déclarations méprisantes de l’ex-ministre de l’Habitation France-Élaine Duranceau en ont fait foi plus qu’amplement.

Au débat, répétant qu’elle veut aider les jeunes familles à accéder à la propriété, Mme Fréchette a même lancé qu’au Québec « on veut une économie de propriétaires, pas une économie de locataires ! ».

S’il est louable de vouloir les aider, il n’empêche que plus de 40 % de la population, dont 60 % à Montréal, sont des locataires.

C’est une portion substantielle des Québécois. À la CAQ, atteinte d’un préjugé hautement favorable au libre marché, on ne leur réserve cependant que des vœux pieux.

Pistes de solutions connues

De véritables pistes de solution sont pourtant connues depuis des années. De une, fournir enfin de véritables ressources financières et humaines au Tribunal administratif du logement (TAL).

De deux, le temps que la crise s’apaise, imposer un contrôle serré des loyers, interdire toutes les évictions sauf en de rares exceptions et créer un registre national des baux.

De trois, comme le suggère Québec solidaire, vu que de plus en plus d’annonces de location spécifient que les candidats ayant eu un dossier au TAL seront refusés (!), il faudrait « anonymiser » leurs dossiers.

Quant au volet « construction », il est important. Mais s’il n’ouvre pas sur une augmentation notable et rapide de logements hors marché – toutes catégories confondues et exempts de spéculation –, la réalité actuelle d’unités neuves beaucoup trop chères ne fera que perdurer.

On sait toutefois que la CAQ continuera de refuser d’agir. Il restera donc à savoir ce que proposeront les autres partis politiques.

Parce que, doit-on le répéter, la crise du logement, c’est aussi une crise sociale et de santé publique.


© Le Journal de Québec