La lumière au bout du tunnel? |
Il a suffi de presque rien, quelques gouttes de pétrole (à l’échelle mondiale) pour changer la face de Cuba.
Depuis que le pétrolier russe a pu déverser sa précieuse cargaison d’or noir dans les réservoirs de pétrole du pays pour qu’il y soit raffiné, Cuba respire mieux. Ça se sent, ça se voit un peu partout, dans les commerces, dans la rue, sur le visage des gens, dans les conversations.
On a recommencé à voir des autobus du réseau de transport collectif, des gazelles jaunes (minibus), des almendrones (vieux bazous affectés au secteur privé du taxi) en plus grande quantité, et aussi les tricycles électriques qui cherchaient, eux, non pas de l’essence ou du diesel, mais suffisamment d’électricité pour recharger leurs batteries.
De sorte que la circulation dans les rues de La Havane semble retrouver petit à petit son rythme habituel. Les gens rient, se laissent aller, discutent à tue-tête comme avant, à propos de la pelota ou des derniers arrivages à la bodega(magasin) du coin. La morosité a fait place à la bonne humeur.
C’est fou ce que le pétrole peut faire – ou plutôt le manque de pétrole – et cela, l’ennemi d’en face le sait bien. Il est passé maître dans l’art de faire mal, de saigner à blanc, de tourner le fer dans la plaie, d’asphyxier au garrot, pour rappeler qu’il est le maître du monde, qu’il en coûte cher à ceux qui osent le défier et lui désobéir.
Les pires rumeurs circulent toujours à propos d’une attaque militaire imminente de Washington contre l’île socialiste. Cela fait partie de la guerre psychologique qui, normalement, prépare le terrain à un bombardement ciblé – frappe chirurgicale – ou à une invasion terrestre. Les États-Unis n’ont pas encore donné l’ordre à leurs ressortissants ni à leur personnel d’ambassade de quitter l’île au plus vite, ce qui est bon signe. Ces menaces de « prendre Cuba » coïncident avec le 65e anniversaire de Playa Girón, la première défaite de l’empire face à un petit pays. On pensait en hauts lieux répéter le renversement du président Jacobo Arbenz au Guatemala, en 1954. Mais, cette fois-ci, les mercenaires, appuyés par l’armée étasunienne qui avait préalablement bombardé les principaux aéroports du pays, ont mordu la poussière.
Bien sûr, l’inquiétude règne toujours, mais cela n’empêche pas les Cubains de chercher à se divertir par tous les moyens. Les piscines, les plages et les cabarets se remplissent de nouveau. Festival international du Tourisme, festival de danse et expositions. Il faut profiter de ce que nous offre le présent, car on ne sait pas ce que demain nous réserve. Telle est la devise commune. Un pétrolier ne fait pas le printemps, tout le monde en est bien conscient. Or, la Chine a rajouté son grain de sel, pourrait-on dire. Et quel grain de sel ! Du sel qui surgit à l’Est, alimenté au soleil des Caraïbes, à la fine pointe de la technologie.
Silencieusement, sans que le capitaine Crochet, l’odieux pirate des Caraïbes, puisse s’interposer, la Chine a installé en un temps record quelque 75 centrales de panneaux solaires à travers le pays, dans le but de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et de déjouer le blocus énergétique de Washington. C’est un peu grâce aux panneaux solaires chinois et au pétrole russe si je peux écrire aujourd’hui cette chronique, entre autres. Pauvre Señor Trump ! Il ne peut quand même pas imposer un blocus au soleil ! Ni faire la danse de la pluie.
De plus, les Cubains n’ont pas perdu espoir ni le sens de l’initiative. En me promenant dans les rues de La Havane, je suis étonné de constater le grand nombre de petits chantiers de construction. On rénove sa maison à qui mieux mieux, mais surtout on aménage son portail, son entrée, pour la transformer en petit dépanneur afin d’y vendre toutes sortes de marchandises, périssables ou non. Si l’économie allait si mal, on ne verrait pas autant d’initiatives privées.
Certes, il y a beaucoup à faire encore, mais à force de solidarité, de courage et de volonté, on finira bien par voir la lumière au bout du tunnel.