Un autre violeur qui veut sortir de prison
Quand Nancy Bibeau a su que Gilbert Rozon était condamné à dédommager les femmes qui le poursuivaient au civil, elle a poussé un soupir de soulagement.
Enfin, s’est-elle dit, leur parole est entendue. Enfin, la vérité triomphe. Nancy est passée par là. Il lui a fallu 8 ans et demi pour faire condamner son oncle Gaston Auger qui l’a violée à répétition alors qu’elle était enfant.
Ses parents savaient, mais ni le père ni la mère de Nancy ne l’ont protégée. Au contraire, ils étaient complices de « mononcle Gaston ». Pendant 7 ans, lors des visites chez les grands-parents, ils ont envoyé leur fille dormir dans le lit du prédateur sexuel.
Une fois adulte, après une tentative de suicide et une thérapie, Nancy décide de porter plainte contre son oncle.
La justice, ça coûte cher
Nancy a décrit le processus judiciaire comme « l’une des choses les plus humiliantes ». « L’avocat de mon oncle m’a demandé en pleine cour de reproduire le gémissement que j’aurais fait quand Gaston m’a pénétrée pour la première fois. J’avais 9 ans ! C’est terrible de se faire demander ça ! Et le juge l’a laissé faire. »
Comme si la justice lui passait sur le corps à son tour.
Finalement, ces dernières années, les juges ont donné raison à Nancy. Ils la croient. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça fait d’entendre ces mots-là », m’a-t-elle confié cette semaine, dans la foulée du jugement Rozon. Comme les Courageuses, elle témoigne de l’importance de ne plus passer pour une menteuse.
Son agresseur est condamné à 7 ans de pénitencier, et ses parents à lui verser 800 000 $ plus des frais judiciaires, portant le total à plus d’un million. Un montant rarement vu au Québec.
On peut donc dire que la justice a fini par fonctionner pour Nancy Bibeau. Oui, mais à quel prix ?
« Les procédures judiciaires nous auront coûté plus de 270 000 $, dit Nancy. Si je n’avais pas eu mon conjoint, jamais je n’aurais pu obtenir justice. Le non-accès pour une question d’argent empêche les victimes de “guérir” »
L’agresseur bientôt dehors ?
Ça fait 16 mois que « mononcle Gaston » est en dedans. Il veut sortir, dit Nancy.
Elle est donc de nouveau confrontée « au système ». Elle vient de recevoir un avis de la Commission des libérations conditionnelles. Son oncle a fait une demande de semi-liberté. La cause sera entendue en août prochain, avec possibilité de libération conditionnelle totale dès janvier 2027, indique le document.
« Je trouve ça indécent ! » s’exclame-t-elle. « Il veut sortir de prison pendant que moi, je suis toujours enfermée dans celle qu’il a construite pour moi. Ils ont tout fait, lui et mes parents, pour m’avoir à l’usure. »
Encore ce sentiment d’impuissance. Je lui demande quand ça arrête. Elle me ramène à la justice rendue.
« Ces deux victoires, civile et criminelle, ont changé ma vie. La grande part de la colère face à l’injustice que j’ai vécue est partie avec les jugements en ma faveur. J’ai vu mon corps d’enfants être pillé à répétition, rien ne pourra réparer cela. Il faut que j’apprenne à vivre heureuse avec ces cicatrices “ morales ” et les souvenirs horribles que ces abus ont laissés. »
La société, à son tour, a maintenant le devoir de s’assurer que « mononcle Gaston » ne touche plus jamais une autre enfant.
