menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Céline, la nôtre!

12 0
previous day

PARIS | Petite scène qui en disait gros.

Je suis en discussion avec des amis français au restaurant. On parle du retour de Céline Dion. Des publicités de quelques mots de ses chansons, en noir sur fond blanc, sont affichées partout à Paris.

Par réflexe, je souligne : « Céline Dion ! C’est nous ça ! ».

Par « nous », je voulais dire « nous, les Québécois ». Je voulais dire : quand vous l’écoutez, mes chers amis, vous écoutez un peu de nous, un peu du Québec.

Exactement comme quand nous, nous écoutons Aznavour, Brassens, Dalida... nous écoutons un peu de vous, un peu de la France.

Un ami français me répond le plus sérieusement du monde : « Ouais, ouais, mais Céline Dion, c’est maintenant une chanteuse française ! »

Appropriation culturelle

Notez le mot « maintenant ». Ce n’était donc ni de l’ignorance... ni de l’arrogance bien française.

Il savait bien que Céline venait de notre contrée.

Mais, à ses yeux, Céline était « maintenant » française.

Son lien avec la France était trop affectif, trop enraciné et trop fort pour qu’elle ne soit pas, d’une certaine manière, une des leurs.

J’en étais outré. Pris par une forme d’orgueil national.

J’aime qu’on ait notre icône, notre Céline. J’aime ce qu’elle signifie pour nous. J’aime la communion de tous quand une chanson de Céline se met à jouer. J’aime son mélange d’humilité et de grandeur, de tragique et de légèreté, de fragilité et de puissance.

Je plaidais donc à l’appropriation culturelle ! À un vol d’icône !

Nous arracher Céline, c’est nous dépouiller de notre principale grandeur internationale, de notre superbe québécoise, dont nous sommes, encore aujourd’hui, déficitaires.

Vous, Français, vous avez votre grandeur, votre superbe, vos icônes, vos musées, vos rues, vos bâtiments qui font déplacer des hordes de touristes. Pas nous !

Donc Céline, vous pouvez l’adorer, elle peut occuper une place dans votre imaginaire, mais désolé, aussi universelle que soit sa musique, elle reste enracinée chez nous et en nous !

Céline, c’est la nôtre !

Mais... y a-t-il quelque chose de fascinant là-dedans ? Qui fait la grandeur même de Céline ?

Comment une chanteuse, qui n’a jamais renié ses origines québécoises, réussit-elle à émouvoir tant qu’elle en vienne à entrer dans leurs consciences collectives ?

Comment un pays, lorsque le monde a les yeux tournés vers lui, lorsqu’il cherche à incarner sa grandeur et son excellence, comme aux Jeux olympiques de Paris en 2024, en vient-il à choisir précisément Céline pour qu’elle chante sur le symbole français par excellence, la tour Eiffel, en interprétant la chanson d’amour française par excellence, Hymne à l’amour, de la chanteuse française par excellence, Édith Piaf ?

Comment Céline peut-elle créer une telle ferveur et une telle frénésie en France comme ailleurs par quelques publicités si simples ?

La voilà donc de retour dans la Ville Lumière. Une éclaircie, pour elle comme pour nous, après des années sombres.

Et qu’importe Céline où tu sois, nous irons où tu voudras, notre pays sera toi !


© Le Journal de Montréal