Bekkali: l’ambassadeur de la honte

Peu de quidams auront autant fait jaser le Québec que Mohamed Bekkali.

Il a cru exhiber sa virilité en publiant des vidéos où il vomit, pendant plusieurs minutes, les pires obscénités à des représentants de l’ordre.

En réalité, il a montré qu’il confond insulte et argument, vulgarité et courage.

Il ignore vraisemblablement que la scatologie verbale est le langage des faibles, de ceux dont la misère lexicale les empêche de formuler clairement une idée ou une émotion.

Mais M. Bekkali a fait bien pire que simplement mettre en vitrine son vide intérieur et son manque de maîtrise émotionnelle.  Il n’en était sans doute pas conscient, mais il a aussi éclaboussé toute sa communauté.

Qu’on le veuille ou non, chaque personne issue de l’immigration, enfant d’immigrants, ou appartenant à une minorité , est un ambassadeur du groupe auquel la société l’associe.  Et un ambassadeur se doit de toujours se conduire dignement.

C’est injuste ?  Peut-être !  Mais la mécanique sociale fait que nos actes ne nous appartiennent jamais complètement.  Tout comme un touriste façonne l’image de son pays, les membres d’une minorité représentent leur groupe.  Et ça, ils devraient le savoir !

M. Bekkali s’est humilié publiquement. C’est son problème. Mais il a aussi humilié sa communauté. Il a sali ceux qui respectent leur société d’accueil, qui veulent s’y intégrer, qui travaillent fort et qui œuvrent à bâtir une réputation digne. S’il est réellement courageux, qu’il présente des excuses, non seulement au corps policier, mais à toute sa communauté. Ce serait le minimum.

Cela dit, chacun peut avoir des griefs contre la police. Heureusement, nous vivons dans un État de droit. Il existe donc des recours, des tribunaux, et des mécanismes de déontologie pour s’exprimer sans s’avilir.

Espérons que ce triste épisode rappelle à chacun, immigré ou pas, que le respect passe par l’élégance de l’âme, jamais par la faillite morale.


© Le Journal de Montréal