Et si Donald Trump avait raison?

Se pourrait-il, au-delà de toutes ses enflures verbales, que Donald Trump ait raison ? Difficile de croire ce menteur invétéré qui enfile les déclarations outrancières et décousues au point qu’on le rapproche de la démence. Mais admettons, malgré tous les signes de défaites qui s’accumulent, que Trump ait raison et qu’il cherche réellement à parvenir à un accord diplomatique avec l’Iran pour éviter un bain de sang. C’est la thèse officielle à laquelle les défenseurs de Trump voudraient que l’opinion publique adhère. Quelques éléments vont en ce sens. Ils sont peu nombreux, mais ils méritent d’être examinés. Cependant, au-delà des analyses, les résultats des négociations vont montrer qui gagne et qui perd cette guerre, sans qu’il soit possible de cacher la vérité aux Iraniens ou aux Américains.

1) Quels sont les facteurs qui pourraient donner raison à Trump ? 

Depuis 1945, il est entendu que l’armée américaine est la plus forte au monde. Elle n’aurait pas encore déployé toute sa puissance militaire classique. Que le gouvernement iranien ait accepté de négocier avec les États-Unis pourrait indiquer qu’il considère qu’une négociation est une meilleure solution que la défaite prochaine vers laquelle il se dirigerait. Les listes de conditions de négociation iraniennes ne seraient que des gesticulations destinées à sauver la face.

2) Faut-il s’attendre à un succès des négociations du point de vue républicain ?

Jeudi, en entrevue à Fox News, Mike Pence, l’ancien vice-président américain sous la première administration Trump, s’est montré plutôt pessimiste face à ces négociations. Selon lui, elles risquent fortement d’échouer, et l’armée américaine n’aurait alors d’autres choix que d’entrer en Iran pour faire tomber le régime. Le vice-président James David Vance, qui mène les négociations, ne semble pas non plus très optimiste sur celles-ci.

3) Que demandent les dirigeants iraniens ?

Les dirigeants iraniens ajoutent chaque jour de nouvelles conditions de négociation. Ils demandaient déjà la fin des attaques d’Israël contre le Liban et la reconnaissance de leur contrôle du détroit d’Ormuz. Ils viennent d’ajouter à ces conditions le dégel des avoirs iraniens aux États-Unis et chez leurs alliés.

4) Quelles sont les chances de succès des négociations ?

Les chances de succès sont très faibles. Les nouveaux dirigeants iraniens sont des fanatiques religieux, même si Trump affirme l’inverse. Vance semble très conscient des coûts financiers de la guerre, mais un recul ou une apparence de recul des États-Unis en Iran nourrirait le ressentiment grandissant d’une partie de la population contre l’administration Trump et les républicains. Or, les élections de mi-mandat, au début novembre, approchent rapidement.

5) Quand les négociations aboutiront-elles ?

La fin des négociations est difficile à prévoir. Cependant, les États-Unis se préparent à un échec des négociations, notamment en tentant encore de constituer une coalition des pays alliés pour défendre le détroit d’Ormuz. Si Trump parvenait à faire plier rapidement le gouvernement iranien, alors il donnerait tort à pratiquement tous les experts en relations internationales. Pour citer Jean de La Fontaine, il démontrerait que la raison du plus fort est toujours la meilleure et, pourrait-on ajouter, que le reste est sans importance. Néanmoins, une telle victoire aurait un coût stratégique élevé. Les autres États accéléreraient leur cadence dans la course à l’armement. Inversement, si c’est le gouvernement iranien qui fait plier Trump, alors la puissance des États-Unis sera remise en question. Les alliances avec les États-Unis seraient davantage affaiblies, et le mécontentement contre Trump atteindrait des sommets parmi les dirigeants des pays alliés.


© Le Journal de Montréal