Un projet lourd de sens pour John Porter

La vie fait parfois étrangement les choses. Alors qu’il s’apprêtait à finaliser un vaste ouvrage intitulé « Jacques Payette, artiste de l’intime et du temps qui passe », John R. Porter, historien d’art et muséologue chevronné, a bien cru que son propre temps allait s’arrêter.

Dans la période où il finalisait l’ouvrage qu’il lancera demain, le célèbre muséologue s’est rendu en vacances à l’île Maurice. Un bon jour, il a dû être transporté d’urgence à l’hôpital pour des ennuis cardiaques. Les chances de le sauver n’étaient alors que de 50-50. Heureusement, ça a pris le bon bord, comme on dit.

« Ce livre-là, ça a fini par être une forme de legs », constate ce directeur honoraire du Musée national des Beaux-arts du Québec et président du Conseil de l’Ordre national du Québec.

Attablé devant l’imposante monographie de Payette, il parle avec passion de ce nouvel ouvrage sur lequel il a mis sept ans de travail. Le tout compte 612 pages et 427 figures, et a bénéficié du généreux appui financier de la Fondation familiale Pierre Lassonde.

Aux côtés de l’auteur se trouve un tableau que lui a offert Jacques Payette, artiste de Montréal qui, au fil de toutes ces années d’échanges, est aussi devenu un ami. On peut y apercevoir M. Porter et sa conjointe, enfants, réunis dans un autre espace-temps, bien avant leur rencontre.

Du Payette tout craché, lance-t-il.

Le rapport au temps qui passe se trouve effectivement au cœur de toute l’œuvre de Jacques Payette, « cet artiste atypique et polyvalent, tel que le décrit M. Porter, qui aura flirté avec l’abstraction, le pop art, l’arte povera, le surréalisme, l’art conceptuel, les ready-made ou les installations ».

Un homme à tout faire qui sait manier les différentes matières pour en faire des œuvres surprenantes, dans un fascinant dialogue entre passé et présent. Il en résulte un ouvrage où s’entrelacent « le temps qui passe, l’urgence de vivre, les gens qui vont disparaître, qui sont fragiles », expose M. Porter.

D’abord associé au courant de la nouvelle figuration, Payette présente « une autre façon d’habiter un monde », écrit Lise Bissonnette dans la postface de l’ouvrage.

Jacques Payette a exposé régulièrement ses œuvres à Montréal, ailleurs au pays et à l’étranger. Ses dessins, tableaux et sculptures, explique M. Porter, figurent aujourd’hui en bonne place dans des centaines de collections privées, d’entreprises, de musées ou d’institutions publiques, en Amérique et en Europe.

Renversé par l’œuvre de celui qui était plutôt reconnu comme un peintre contemporain autodidacte, M. Porter a publié le premier coffret à propos de cet artiste en 2023, sur ses photographies.

Après quoi, il s’est investi dans ce nouvel ouvrage, « un work in progress » qui n’a cessé de prendre de l’ampleur. Il sera lancé le 31 mars, au MNBAQ, à Québec, et le 2 avril à la Galerie Simon Blais de Montréal.


© Le Journal de Montréal