Trump, la grosse carte du PLQ

Je serais fort étonné que Christine Fréchette sauve la CAQ.

Tout pointe vers une lutte entre le PQ et le PLQ.

Indéniablement, le PLQ remonte, même si l’avance du PQ chez les francophones lui donnerait, dans l’état actuel des choses, une majorité de sièges.

Comment expliquer cette remontée du PLQ ?

Serait-ce l’arrivée de Charles Milliard ?

Il fait du bien au PLQ, c’est indéniable.

Comme il est nouveau et peu connu, il est une page blanche sur laquelle chacun peut projeter ses aspirations.

C’est la proverbiale lune de miel.

L’inexpérience n’est plus un handicap à une époque qui carbure à la nouveauté et qui associe l’expérience en politique à l’impuissance et au désenchantement.

Serait-ce la peur de la souveraineté ?

Les Québécois ont appris depuis des décennies à pratiquer la dissociation.

Ils savent parfaitement qu’on peut voter pour le PQ pour le porter au pouvoir, mais se garder la possibilité de voter non si un référendum survenait.

Sur cette question du référendum, Paul St-Pierre Plamondon disait très exactement ceci à la fin de février : « Jamais, jamais le PQ ne va mettre en péril la sécurité économique ou la sécurité tout court des Québécois ».

Fondamentalement, la vraie cause de la remontée du PLQ tient en deux mots : Donald Trump.

Le PLQ est le traditionnel refuge de beaucoup de Québécois quand ils sont craintifs.

Il reprend donc des forces dans trois catégories particulières d’électeurs qui ont toujours donné des maux de tête aux souverainistes : les gens âgés, les femmes et les non-francophones.

« J’ai vu le PQ chuter dès l’imposition des tarifs de Trump [...] », notait le sondeur Jean-Marc Léger.

Déjà, Donald Trump a livré l’élection fédérale à Mark Carney sur un plateau d’argent.

Certes, Pierre Poilievre n’impressionnait personne, mais Mark Carney était un parfait inconnu avec un beau CV.

Il lui a suffi de demander aux électeurs : face à Trump, vous préférez qui ?

Et il a effacé 20 points de retard en quelques semaines. Même des souverainistes ont retourné leur veste.

Après avoir pesé de tout son poids sur l’élection fédérale, Trump va-t-il déterminer l’issue de l’élection québécoise ?

Chose certaine, la peur est le plus puissant outil en politique. Parlez-en au PLQ, expert en la matière.

Pourquoi la peur fonctionne-t-elle en politique ?

La première est que – pardonnez-moi cette vérité déplaisante – beaucoup d’électeurs ne font pas des analyses particulièrement sophistiquées de la situation politique.

Or, la peur, justement, simplifie radicalement les choix à faire.

Il y a une menace, incarnée par un gros méchant, et un « protecteur ».

La deuxième raison est que la crainte pousse les gens à se regrouper, ce qui facilite le ralliement autour du « protecteur ».

Et la troisième raison est que la peur scie les jambes du discours rationnel, réfléchi, documenté.

Neutraliser la peur demande justement ce temps et ces nuances qu’elle mine.


© Le Journal de Montréal