Jeunes trans: le silence des ordres professionnels

Mardi soir, j’ai assisté à la première montréalaise du long métrage Génération trans, du réalisateur Jean-Pierre Roy.

Le documentaire propose une enquête dont le point de départ est un fait étrange, pour qui s’y arrête.

Au Québec, avant l’âge de 18 ans, on ne peut ni voter, ni acheter de l’alcool, ni faire un tas d’autres choses, parce que dans la loi, on présume qu’une personne mineure n’a pas encore la maturité requise.

En revanche, dès 14 ans, un enfant peut décider qu’il appartient au « mauvais sexe » et entreprendre seul une transition de genre.

Nul besoin de consentement parental, sous prétexte que certains parents pourraient fort mal réagir.

La philosophie dominante au Québec est celle dite de l’affirmation de genre.

On tient pour acquis que cet enfant sait ce qu’il veut et son désir devient, dès lors, pratiquement sans appel.

Tout le système psychomédicolégal est conçu pour lui faciliter le parcours.

L’approche québécoise reprend les lignes directrices de la World Professional Association for Transgender Health (WPATH), un regroupement militant très critiqué pour la fragilité de ses bases scientifiques.

Dans ce film, le cœur du propos est constitué de témoignages de parents racontant leur expérience lorsqu’ils ont voulu comprendre dans quoi leur enfant voulait s’engager.

Ils estimaient qu’on allait trop vite, qu’on leur cachait souvent des choses, et qu’on les faisait passer pour de mauvais parents s’ils émettaient trop de doutes.

Dans beaucoup de cas, ces enfants confus réaliseront plus tard qu’ils sont tout simplement homosexuels.

Pour moi, l’aspect le plus choquant dévoilé par ce documentaire concerne le silence des ordres professionnels.

Le réalisateur a demandé à rencontrer le président du Collège des médecins du Québec, le docteur Mauril Gaudreault.

Le réalisateur a demandé à rencontrer la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou.

Le réalisateur a demandé à rencontrer la présidente de l’Ordre des sexologues du Québec.

Pourtant, les ordres professionnels existent pour protéger le public contre le travail potentiellement fautif d’un professionnel.

Ils ne sont pas là pour défendre leurs membres.

Ce rôle est dévolu aux syndicats.

Si nos ordres professionnels pensent sincèrement que les approches qu’ils défendent sont les bonnes, pourquoi ne pas l’expliquer de façon transparente ?

La science avance par la discussion et la validation des données disponibles.

Non seulement il y a refus de s’expliquer, mais il y a aussi imposition autoritaire d’une orthodoxie idéologique qu’il est très risqué pour un professionnel de contester.

Dans le film, une jeune psychologue doit dissimuler son visage et sa voix pour dire son malaise sans mettre en péril sa carrière.

La psychothérapeute Nicole Desjardins et la diplômée en sexologie Jocelyne Robert racontent leurs démêlés avec leurs ordres respectifs après avoir exprimé leurs réserves à l’égard de l’approche dominante.

Cinq dirigeants de cliniques offrant ces services (financés majoritairement par l’État) furent également contactés par le réalisateur et refusèrent de le rencontrer.

Ce silence et cette chasse aux dissidents sont honteux.


© Le Journal de Montréal