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«Ô Canada, terre de p’tits chialeux»

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27.03.2026

Le premier ministre du Québec en personne, François Legault, demande la démission du PDG d’Air Canada.

Rendus là, nous sommes au-delà du ridicule et versons dans le pitoyable.

Michael Rousseau est peut-être allé trop loin cette fois, on verra, mais si son mépris est si répétitif, si Air Canada est, année après année, une des entreprises qui reçoit le plus de plaintes pour son attitude à l’endroit du français, c’est qu’il y a une raison.

La raison, c’est que nos petites colères sont insignifiantes, sans lendemain. Elles font rire le Canada.

Hon, Michael, le pas fin ! L’insensible ! L’arrogant ! Le gars qui ne tient pas ses promesses d’apprendre le français !

Hon, et le conseil d’administration qui laisse faire !? Hon, et le ministre responsable des langues officielles qui dort au gaz !?

Vite, amenez-moi dans une mercerie ! Je manque de chemises à déchirer.

Mais attendez que je me rappelle...

Il y a deux semaines, on s’énervait parce que les conservateurs criaient leur amour pour Don Cherry, qui met du Québécois dans ses céréales chaque matin.

Avant, c’était Mary Simon, la gouverneure générale, qui parle français comme je parle swahili, et qui n’apprend visiblement pas vite.

Avant, ou entre les deux, je ne me souviens plus, on se choquait des fédérations sportives canadiennes et de la LNH qui ne fonctionnent qu’en anglais.

On se choquait que les festivités de la Coupe Grey soient seulement en anglais, et on érigeait en héros le joueur des Alouettes Marc-Antoine Dequoy, qui avait fait une sympathique montée de lait sur le sujet.

On se choque chaque fois que l’hymne canadien n’est pas chanté avec un petit couplet en français avant un match à Calgary.

J’arrête ? Encore une, juste une.

En 1962, Donald Gordon, le président du Canadien National, une société d’État à l’époque, fait scandale en disant que s’il n’y a pas davantage de francophones dans la haute direction, c’est qu’il n’y en a pas assez qui sont compétents.

Il va falloir combien de « cas isolés » pour comprendre et tirer des conclusions ?

En fait, nombre de francophones ont compris, mais ils ont peur de tirer des conclusions.

Parce que les conclusions à tirer seraient forcément po-li-ti-ques.

Nous sommes des champions du monde pour fabriquer des excuses et des récits d’évitement.

Toute cette pitoyable affaire ne fait qu’illustrer la vraie nature du Canada et du rapport de force entre les anglophones et nous.

« That’s it, that’s all ! »

Seul un cerveau « elvis-grattonisé » ne le voit pas ou ne veut pas le voir. On lui montre un éléphant et il dit : « Jolie gazelle ! »

Et plus le nombre de Canadiens nés à l’étranger augmentera, plus il deviendra absurde d’expliquer à ces gens, qui ont renoncé, en venant ici, à une partie de leur culture, qu’il faut donner au français un statut supérieur à celui du pendjabi ou de l’ourdou.

Le Canada ? « Love it or leave it, baby ! »


© Le Journal de Montréal