L’honneur perdu des États-Unis

Quand on était jeune, il y a de ça quelques décennies, il arrivait qu’on doive rappeler à l’ordre quelqu’un de notre groupe d’amis qui voulait s’en prendre à plus jeune que lui ou à plus faible que lui. On lui disait alors de se mesurer à quelqu’un d’égal, sinon il perdrait toute notre considération. S’en prendre à plus faible que soi, à quelqu’un qui en arrachait, visiblement, ou à quelqu’un qui était déjà au plancher, c’était vu comme un acte de lâcheté.

À cette époque, le culte de l’honneur avait encore prévalence sur des comportements brutaux. En prison, parmi des criminels de tout horizon qui purgeaient leur peine, j’avais pu constater, chez ces durs à cuire, qu’ils savaient respecter un code d’honneur tacite : touche pas aux femmes et aux enfants ! Si quelqu’un avait outrepassé cette barrière à l’extérieur des murs, c’en était fini de lui. Il allait faire son temps dur, comme on disait.

Maintenant, comment on appelle ça, un pays, disons le plus riche de la planète, avec l’armée la plus puissante, un pays avec une population de près de 350 millions d’habitants qui possède des moyens énormes au plan technologique, une puissance nucléaire de surcroît, qui s’en prend à un autre pays, mais pas n’importe lequel, un petit pays sans grand moyen, un pays d’à peine 11 millions d’habitants, un pays insulaire, de surcroît, sans autres frontières que la mer, un pays qui dépend donc de la mer pour ses importations et ses exportations, un pays durement touché par plus de soixante ans d’un blocus économique, commercial et financier féroce qui interdit aux autres pays de lui vendre du pétrole ou toute autre source d’énergie sous peine de sanctions millionnaires, un pays qui n’a jamais agressé personne ni envahi aucun autre pays ? Dans mon livre à moi, j’appelle ça un lâche, un pays qui a perdu son honneur.

Pourquoi ne pas séquestrer Xi Jinping, le président de la Chine, que les États-Unis qualifient de dictateur au même titre que le président du Venezuela, Nicolas Maduro ? Pourquoi ne pas enlever Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie, lui aussi ennemi juré des États-Unis ? Deux ennemis de taille, au moins, et que le meilleur gagne, serait-on porté à dire.

En séquestrant le président Maduro, le 3 janvier dernier, les États-Unis ont fait la preuve qu’ils étaient lâches et préféraient s’en prendre à un ennemi de plus petite taille. En s’acharnant contre Cuba et en allant jusqu’à empêcher toute livraison de combustible sur l’île, sachant fort bien qu’on asphyxie ainsi la population et paralyse tout ce qui bouge, les États-Unis prouvent une fois de plus qu’ils sont lâches, comme l’étaient à l’époque de nos jeux d’ados ceux qui s’attaquaient à plus petit qu’eux. En agissant de la sorte, les États-Unis démontrent qu’ils ont perdu tout sens de l’honneur et qu’ils se comportent comme de vulgaires voyous.

Mais vous savez pourquoi Cuba résiste et ne cédera pas sur sa souveraineté et son indépendance ? En physique, il y a une règle de thermodynamique. Lorsqu’on comprime une substance, on augmente son énergie interne et cela produit un réchauffement. Trump et Rubio croient que la pression conduit à la soumission. Ils se trompent magistralement. La pression crée de la résistance.

Même si à Cuba, on manque de tout, même si on peine à se procurer les bons instruments et équipements pour soigner la population, alors que dans les pays dits développés, on choisit et on achète avec livraison le lendemain, les scientifiques et chercheurs cubains réalisent de véritables miracles. Leurs bombes intelligentes ne détruisent pas des villes, mais l’ignorance. Leurs chercheurs en blouse blanche ont réussi à produire non pas un, mais deux ou trois vaccins pour combattre la COVID-19. Le gouvernement socialiste a réussi à former des milliers de médecins qui parcourent le monde pour soigner les populations dans le besoin, y compris dans les régions les plus éloignées. Ils ont ainsi créé non pas des bases militaires à l’extérieur de leur pays, mais des centaines de petites bases médicales qui sauvent des vies et redonnent la vue et la santé.

La physique nous apprend que l’honneur ne peut disparaître à jamais chez des gens qui ont encore à cœur la dignité humaine. Au contraire, sous la pression, l’honneur se réchauffe, s’étend et résiste.


© Le Journal de Montréal