Pour une pause responsable de la norme VZE |
Le Québec a besoin d’une transition énergétique sérieuse. Il a aussi besoin d’un cadre clair.
Depuis plusieurs mois, ce cadre s’est brouillé. Les incitatifs à l’achat de véhicules électrifiés ont été suspendus, réduits, rétablis, puis modifiés. À Ottawa comme à Québec, les signaux ont changé. Trop souvent. Trop rapidement.
Dans ce contexte, le débat sur la norme québécoise sur les véhicules zéro émission (VZE) s’est durci. Certains veulent la maintenir telle quelle. D’autres veulent l’abandonner. Entre ces deux positions, un constat s’impose : les conditions d’une transition ordonnée et prévisible ne sont plus réunies.
Le récent débat entourant le bilan gouvernemental de la norme VZE en donne une illustration parlante. Les mêmes données servent aujourd’hui à défendre des lectures opposées. Pour les uns, elles démontrent que la norme fonctionne. Pour les autres, elles révèlent un déséquilibre croissant entre les quelques manufacturiers qui accumulent les crédits et ceux, trop nombreux, qui devront les acheter à mesure que les exigences augmenteront.
Cela en dit long sur le degré d’incertitude qui entoure désormais la norme.
Quand les données officielles elles-mêmes donnent lieu à des interprétations aussi divergentes, la responsabilité commande une pause. Une vraie pause. Une pause pour mesurer. Une pause pour évaluer. Une pause pour ajuster.
Il ne s’agit pas de nier les progrès accomplis ni de contester la nécessité de réduire les émissions. Il s’agit plutôt de reconnaître qu’une politique publique perd en crédibilité lorsqu’elle devient, à ce point, sujette à des lectures incompatibles et à des signaux contradictoires.
D’autant plus que certains facteurs récents susceptibles de soutenir les ventes de VZE demeurent, par définition, conjoncturels. La guerre en Iran peut faire grimper le prix de l’essence. Le retour d’un incitatif fédéral peut stimuler, à court terme, l’intérêt pour les véhicules électrifiés. Ces éléments peuvent influencer le marché. Ils peuvent même, momentanément, améliorer certaines statistiques.
Mais ce sont des facteurs temporaires. Ils ne règlent rien sur le fond.
Or le problème, lui, est structurel.
Il tient à l’abordabilité. À la demande réelle. À la stabilité des politiques publiques. À la capacité du marché à suivre, durablement, la trajectoire imposée. Une norme ne devrait pas dépendre d’un choc géopolitique ou d’un aller-retour sur les subventions pour retrouver un peu d’élan.
C’est là le cœur du problème. Le défi, aujourd’hui, n’est plus seulement celui de l’offre.
Il faut enfin rappeler que 2025 s’est traduite par une contraction marquée des nouvelles immatriculations de VZE. Ce signal ne peut être écarté. Il renvoie directement à la question de la demande, de l’abordabilité et de la capacité du marché à suivre la trajectoire imposée.
Ce besoin de recalibrage n’a plus rien de théorique. Les deux aspirants à la succession de François Legault, Christine Fréchette et Bernard Drainville, ont eux-mêmes reconnu la nécessité d’une suspension temporaire de la norme actuelle.
On ne construit pas une transition durable dans un climat d’incertitude permanente. On ne la construit pas non plus en faisant comme si les réalités régionales, les cycles économiques et la capacité de payer des familles étaient des variables secondaires. Une transition sérieuse doit réduire les émissions. Elle doit aussi tenir dans le réel.
Une telle décision ne constituerait ni un recul ni un renoncement. Elle constituerait un geste de gouvernance responsable.
Suspendre temporairement la norme VZE, ce n’est pas abandonner la transition. C’est se donner le temps de revoir les paramètres, d’observer l’évolution réelle du marché, de mesurer les effets des changements apportés à Ottawa et d’évaluer avec lucidité la dynamique de conformité des manufacturiers. C’est, surtout, rétablir un cadre lisible pour les consommateurs, pour les entreprises et pour l’ensemble du secteur.
Le meilleur plan n’est pas celui qui affiche l’ambition la plus élevée. C’est celui qu’il est possible de mettre en œuvre de façon efficace et durable.
Dans les circonstances, suspendre temporairement la norme VZE ne serait pas un renoncement. Ce serait une façon de redonner à la transition les conditions de réussite qu’elle exige.
PDG de la Corporation des concessionnaires d’automobiles du Québec (CCAQ)