Ne pas exister dans le système professionnel |
Le projet de loi 15 vise à modifier le Code des professions et d’autres dispositions légales. Au Québec, le Code des professions est un peu la bible du système professionnel. Il délimite le « territoire » et les « frontières » des 46 ordres professionnels.
Un des principaux objectifs du gouvernement est d’élargir certaines pratiques professionnelles en santé et services sociaux.
En février, des auditions publiques ont permis à plusieurs professions très établies (médecins, pharmaciens, infirmières, etc.) de s’exprimer. Chacun y va de ses demandes pour modifier une loi ou un règlement qu’il estime en désuétude. La volonté semble axée sur l’efficacité, dans l’intérêt du patient.
Bien que la forme finale de loi 15 ne soit pas adoptée, il semble y avoir consensus sur l’appréciation devant l’effort du législateur de moderniser le système. Des écueils structurels seront résorbés, nous dit-on.
Par contre, force est de constater que plusieurs professions sont absentes de la conversation officielle, en commission parlementaire et sur le fil de presse.
C’est le cas des massothérapeutes.
Selon nous, la santé des Québécois commande d’élargir le débat.
De la prévention à l’accès aux soins musculosquelettiques
Un travailleur québécois sur quatre souffre d’un trouble musculosquelettique lié à son emploi. Le trouble musculosquelettique représente un tiers de l’ensemble des lésions professionnelles indemnisées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).
Selon la CNESST, ces coûts d’indemnisation se chiffrent à un demi-milliard de dollars annuellement.
Cela représente aussi une part significative des consultations en première ligne de soins.
Évidemment, les médecins jouent un rôle central. Toutefois, d’autres expertises en matière de troubles musculosquelettiques sont partagées entre professionnels de la santé établis (physiothérapeutes et technologues en physiothérapie, chiropraticiens, ergothérapeutes) et travailleurs de la santé en quête de reconnaissance.
Après des années de patience, les ostéopathes viennent tout juste de l’obtenir. Les kinésiologues attendent encore.
Les massothérapeutes n’ont pas cette reconnaissance gouvernementale.
La conséquence est que nous « sous-utilisons » collectivement ces dites expertises.
Une occasion à saisir : ouvrir le débat
Pourquoi ne pas sauter sur l’occasion de mettre à profit les aptitudes de toutes les professions ? Qu’importe leur statut dans le « goulot d’étranglement » du système professionnel québécois.
Cette exclusion du débat officiel, notre organisation y est habituée... Cependant, il serait possible d’imaginer d’autres voies. Rappelons que notre association a aussi pour mission de protéger le public (code de déontologie, syndic, inspections professionnelles).
Les chiffres plus haut sur la prévalence des troubles musculosquelettiques dressent un portrait accablant : nous pouvons faire mieux.
S’épauler entre travailleurs de la santé, désengorger le système et faire un Québec en meilleure posture, voilà pourquoi nous devons miser sur toutes nos expertises.
Maroine Bendaoud PDG de la Fédération québécoise des massothérapeutes agréés