L’antitrumpisme rend aveugle |
Je suis toujours surpris que des gens ne se réjouissent pas de la chute d’un tyran. Surtout s’il s’agit d’une théocratie parmi les plus obscurantistes du monde qui a asservi les femmes, écrasé dans le sang tous ses opposants et propagé le terrorisme islamiste dans le monde entier.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, pendant que dans toutes les capitales les Iraniens fêtaient l’exécution de l’ayatollah Khamenei, certains faisaient la moue. Aveuglés par leur antitrumpisme maladif, ils déploraient au nom du « droit international » qu’on n’ait pas consulté l’ONU et le Congrès avant de saisir cette occasion unique de frapper le gratin du régime exceptionnellement réuni au cœur de Téhéran. Comme si Churchill avait consulté le Parlement avant de donner le feu vert au débarquement de Normandie !
C’est oublier que l’Iran est en guerre contre l’Occident depuis 1979 et que le renversement du régime des mollahs représenterait un bouleversement géopolitique d’une ampleur phénoménale.
Car l’Iran n’est pas qu’une simple dictature. C’est le retour en Iran de l’ayatollah Khomeini, le 11 février 1979, qui inaugura le premier califat moderne et l’ère du terrorisme islamiste. Son idéologie inspirée des Frères musulmans marqua le coup d’envoi de tous les djihadismes, chiites et sunnites, qui ont semé la terreur en Occident et dans le monde musulman depuis un demi-siècle. Souvent avec l’approbation béate d’une certaine gauche.
Pour Israël, il s’agit d’en finir avec un régime qui affirme ouvertement vouloir rejeter les juifs à la mer et pour cela se doter de l’arme nucléaire. Pour Trump, c’est plus compliqué. S’il frappe la République islamique, c’est aussi qu’elle est au cœur de l’alliance entre Moscou, Téhéran et Pékin. La Russie est un des principaux alliés de l’Iran, qui lui fournissait des drones. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d’ailleurs salué l’intervention américaine.
Mais c’est d’abord la Chine qui est dans l’œil de mire des Américains. L’Iran est le pivot de sa présence dans la région, comme le Venezuela l’était en Amérique latine. Téhéran lui vend 80 % de son pétrole et allait lui acheter des missiles supersoniques capables d’atteindre la flotte américaine.
Si Trump joue le tout pour le tout, c’est parce que jamais le régime iranien n’a été aussi miné de l’intérieur et ses alliés du Hezbollah et du Hamas aussi faibles.
Ce n’est malheureusement pas un gage de victoire. La volonté des Gardiens de la révolution de mourir en martyrs leur donne un immense avantage sur un peuple désarmé. L’Iran n’est ni la Yougoslavie ni la Libye, dont les régimes étaient tombés par les seuls bombardements sans intervention terrestre. Trump s’arrêtera-t-il à mi-chemin et se contentera-t-il d’un simple réaménagement du régime ?
Encore faut-il pour répondre à cette question dépasser les seuls jugements moraux. Le président est un joueur et un opportuniste, mais pas un fou. S’il gagne, il sera un héros. S’il perd, il sera un paria.