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Netflix et les maladies mentales: le cinéma et les séries sont-ils le remède à nos maux?

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16.02.2019

SANTÉ MENTALE - En décembre dernier, un entrepreneur indien de 22 ans a reconnu souffrir d'une addiction qui semblait jusque-là trop banale et bénigne pour faire l'objet d'un diagnostic. Ce jeune homme était accro aux séries diffusées sur internet.

Constatant qu'il visionnait des heures entières de programmes sur Netflix, Amazon Prime Video et Hotstar, ses parents ont commencé à s'inquiéter. Au moment de son admission au sein du service dédié à l'utilisation raisonnée de la technologie (SHUT) du National Institute of Mental Health and Neuro-Sciences, il admettait aussi être accro aux séries en streaming.

Interrogé par le Times of India, le docteur Manoj Kumar Sharma, coordinateur du SHUT, explique: "Beaucoup de personnes se trouvent potentiellement face au même problème, mais ce jeune homme a fait la démarche de demander de l'aide. C'est quelqu'un d'intelligent qui a simplement perdu le contrôle du temps qu'il passait devant son écran."

SHUT propose un programme de désintoxication qui passe avant tout par la modération. On demande aux personnes souffrant d'une addiction de réguler leur temps libre, de compter les minutes passées devant leur écran et d'atteindre des objectifs en termes de sommeil. Nous ignorons si le jeune entrepreneur a pu être guéri – il n'est pas retourné au centre pour une entrevue de suivi – mais son obsession pose une question évidente: Netflix et consorts nous font-ils vraiment du bien?

Owen Milgrim, l'un des deux personnages de "Maniac" (Netflix, 2018), a parfois du mal à distinguer la fiction de la réalité. Diagnostiqué schizophrène, il a volontairement arrêté de prendre ses médicaments. Comme beaucoup de malades mentaux, il rêve d'une solution plus pérenne. Il participe donc à un essai clinique pour tester un médicament miracle censé guérir tous les troubles mentaux. Administré en trois étapes, ce médicament tente de supprimer ses hallucinations en en générant encore plus.

NetflixJonah Hill et Emma Stone dans "Maniac".

Il se prend tour à tour pour un arnaqueur, un gangster puis un prédateur, et commence à confier tous ses fantasmes à Annie Landsberg (Emma Stone). En proie à un trouble de la personnalité borderline (TPB), Annie est dépendante du médicament qui pourrait la guérir. Le changement rapide qui s'effectue chez elle en termes d'identité et d'image fait partie des symptômes du TPB. Annie, comme Owen, cherche à corriger son trouble mental en intensifiant l'un de ses symptômes. À chaque étape de l'essai clinique, elle devient une personne différente: magicienne, elfe puis infirmière...

Mais, dans cette mini-série, la maladie mentale est loin de servir de simple toile de fond. Son impact se ressent non seulement sur le comportement des personnages mais aussi sur la trame de l'histoire. Même GRTA, un ordinateur intelligent sollicité pour cette drôle d'expérience médicale, déprime. Dans "Maniac", il y a toujours quelqu'un qui traverse une dépression. D'ailleurs, le thème de la maladie mentale fait avancer l'histoire. Pour les spectateurs qui en souffrent, Owen et Annie sont plus que des personnages attachants. On se met complètement à leur place. On veut les voir échapper à leurs étranges malheurs et se sentir mieux.

Dans "Nanette" (Netflix, 2018), l'humoriste Hannah Gadsby contourne les règles du stand-up en employant son monologue comme plaidoyer contre la misogynie et pour la reconnaissance de la santé mentale. Au début du spectacle, elle évoque la maladie dont souffrait probablement Vincent van Gogh: "Peut-être que c'est parce qu'il suivait un traitement qu'on s'émerveille aujourd'hui devant ses Tournesols." Plus tard, elle se réfère à nouveau au chef-d'œuvre du peintre. "Vous savez pourquoi Les Tournesols existent? Pas parce que van Gogh souffrait mais parce qu'il avait un frère qui l'aimait. Malgré toute sa souffrance, il avait une personne à laquelle se raccrocher."

Comme "Nanette", "Maniac" fait l'apologie d'une certaine morale. Certes, les médicaments peuvent nous remettre sur pied mais ce qui nous sauve, c'est notre rapport aux autres. Les malades, tout comme les personnes en bonne santé, ont besoin d'interactions avec autrui. Dans "Maniac", Annie aide Owen à comprendre certaines choses. Si "Nanette" est plus normatif que drôle, "Maniac" est plus léger que sombre. On ne se moque jamais d'Owen ou d'Annie mais la série nous fait rire de l'absurdité des maladies mentales sans jamais diminuer les traumatismes afférents. "Nanette" veut redéfinir l'ordinaire. "Maniac" s'en détache complètement.

En choisissant Jonah Hill et Emma Stone pour les........

© Le Huffington Post