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Ma naturalisation française a été une épopée identitaire et administrative

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24.01.2019

Johanna ChmakoffMa naturalisation française a été une épopée identitaire et administrative

En 1998 j'avais 9 ans. Je collectionnais les vignettes Panini achetées chez l'épicier avec mon frère mais je ne comprenais pas pourquoi la France avait choisi un poulet comme mascotte, ni comment un joueur appelé Zinedine Zidane pouvait être français. En 2018, j'ai été naturalisée par décret et la France a décroché sa deuxième étoile. Dans les rues, en juillet, on chantait: Kylian Mbappé, Mbappé, Mbappé! L'avantage d'être naturalisée une année de coupe du monde, c'est que les ingrédients de la fête sont déjà là pour pimenter un peu la pâleur déconcertante d'un journal officiel en PDF.

En commençant à écrire pour raconter ma naturalisation française, je me suis rendu compte qu'un seul texte ne me suffirait probablement pas. Vaste projet, mais il fallait bien commencer quelque part. J'ai voulu rendre subjective une procédure administrative qui concerne à peu près 80.000 personnes chaque année au pays du Roi Soleil. Assez égoïstement, j'ai d'abord eu envie d'écrire pour moi, pour m'aider à comprendre, à rendre la chose réelle. J'ai donc pris quelques notes sur les dix-huit mois de cette épopée, ni héroïque ni sublime, pour nourrir ce récit de voyage administratif et identitaire et la suite, logique ou illogique, de mes aventures.

"Naturalisation" est un mot que j'ai toujours trouvé étrange, assez mal choisi pour un octroi de nationalité. Ma propre naturalisation n'a rien changé à ce sentiment, sûrement parce qu'il n'y a rien de naturel dans cette histoire. La nature et moi, ça fait deux et ce depuis 1989. Ou plutôt 1990 avec mes premiers refus d'être posée à même le gazon ou pire, le sable. C'est ma mère qui raconte ça. Les mots qui l'intriguent, il lui arrive encore de les chercher dans le dictionnaire, son petit Larousse 1987 illustré et éventré. Elle lui a fait traverser la Méditerranée en un aller-simple quand l'URSS existait encore sur la carte. Il sent bon le vieux papier et le tabac. Il sent l'école aussi. Moi bien sûr, j'ai un peu triché devant mon ordinateur mais la........

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