L’indépendance financière des femmes |
Les hommes et les femmes gèrent-ils différemment leurs finances ? Les études laissent penser que oui. En fait, chaque individu possède une relation unique avec l’argent. Toutefois, de nombreuses études confirment que les femmes investissent moins, et avec moins de confiance.
Même si la situation s’améliore d’une étape historique à l’autre, l’autonomie financière demeure un acte de courage et d’affirmation pour bien des femmes, qui sous-estiment leurs aptitudes à y arriver.
L’investissement passe par l’accès au capital
Selon une enquête nationale canadienne publiée par l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI) à la fin de 2025, moins de femmes que d’hommes épargnent ou investissent plus de 5000 $ par année (41 % contre 52 %) et, conséquemment, moins de femmes se considèrent comme des investisseuses (43 % contre 56 %). Le point le plus intéressant de cette étude est que les différences s’atténuent presque complètement lorsque les femmes gagnent plus de 100 000 $.
Dans le cadre de sa campagne Croire en elles, la Fondation Lise Watier — dont la mission est de soutenir l’épanouissement professionnel et financier des femmes — nous apprend que près de la moitié des femmes au Canada gagnent moins de 30 000 $ par année, alors que le patrimoine net moyen des hommes dépasse de 30 % celui des femmes. Ce serait donc l’accès au revenu et au capital qui influe sur l’investissement, plus que le genre lui-même. Autrement dit, le problème n’est pas tant la capacité d’investir que l’accès aux moyens de le faire. C’est donc sur cette source d’inégalité qu’il faut se concentrer, puisque l’écart d’investissement disparaît presque complètement chez les femmes à revenu élevé.
La confiance financière ensuite
Au-delà du patrimoine à gérer, les femmes gagneraient à développer leur confiance en tant qu’investisseuses. Selon cette même enquête de l’OCRI, 47 % des femmes disent avoir confiance en leurs capacités d’investissement, contre 66 % des hommes, un écart à la fois surprenant et considérable.
Observation du terrain : les femmes sont aussi plus enclines à qualifier leurs connaissances financières comme étant faibles, que ce soit le cas ou non… Ce biais d’excès de confiance, plus présent chez les hommes que chez les femmes, est également confirmé par la recherche.
De façon générale, elles sont plus nombreuses à avoir une faible tolérance au risque. Malgré tout, elles obtiennent souvent de meilleurs rendements que les hommes. Cela s’expliquerait par le fait qu’elles effectuent moins de transactions dans leur portefeuille et réagissent moins émotivement lors des replis boursiers ou des périodes de volatilité. Par ailleurs, elles adoptent souvent une approche plus disciplinée quant à l’épargne et à l’investissement, et les investissements réguliers engendrent des résultats favorables à long terme.
Est-ce que la prudence pourrait battre l’excès de confiance ?
Des défis propres aux femmes
Encore aujourd’hui, les femmes sont plus susceptibles d’interrompre une carrière ou de mettre une pause sur leurs ambitions pour soutenir la famille. Elles perdent ainsi évidemment des revenus dans un premier temps, mais voient aussi diminuer leurs cotisations aux régimes de retraite de leur employeur ou à leur REER individuel. L’accumulation de patrimoine s’en trouve souvent réduite au profit des dépenses courantes du ménage.
Puisque la majorité des couples évoluent en union libre au Québec, les femmes — qui gagnent souvent moins que leur conjoint — s’exposent également à des risques financiers en cas de rupture, en l’absence de convention de vie commune, ou lors d’un décès ab intestat.
Les femmes, dont l’espérance de vie est plus longue que celle des hommes, ne devraient pas sous-estimer l’importance de planifier leur avenir. Non seulement elles vivent plus longtemps, mais elles sont aussi plus nombreuses à vieillir seules.
D’ailleurs, dans les prochaines décennies, les femmes devraient devenir les principales détentrices du patrimoine au Canada, notamment en raison du transfert intergénérationnel de richesse et de leur espérance de vie plus longue. En considérant que les femmes entrepreneures sont aussi de plus en plus nombreuses, il est possible de croire que l’industrie des services financiers s’adaptera progressivement à leurs besoins spécifiques.
Un plan financier global
Il est facile de faire le raccourci d’associer indépendance financière et investissements boursiers. Pourtant, devenir maître de sa vie financière exige une prise en charge plus large et intégrée de l’ensemble de ses finances personnelles.
Pour réussir sa vie financière, chaque être humain — femme comme homme — devrait consacrer du temps pour apprendre à se connaître. Toutes nos décisions sont influencées par des biais cognitifs ainsi que par nos émotions. Par ailleurs, un plan financier qui correspond aux valeurs et aux priorités personnelles est nécessairement plus motivant à accomplir.
Si j’avais un conseil à offrir à toutes les femmes en cette journée qui leur est dédiée, ce serait d’arrêter de vouloir être parfaitement bonnes avant de prendre en charge leur destinée financière. Il existe de nombreuses ressources pour améliorer ses connaissances en littératie financière en cours de route, mais il est aussi tout à fait possible de commencer l’aventure accompagnée de professionnels (ou de professionnelles !).
L’indépendance financière n’est pas un objectif réservé à celles qui maîtrisent parfaitement les marchés. Elle commence souvent par une simple décision : celle de prendre — ou de reprendre — le contrôle de sa vie financière.
Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées. Il s’agit d’une chronique et, à ce titre, elle reflète les valeurs et la position de son auteur et pas nécessairement celles du Devoir.