Marjane Satrapi, une voix libre pour l’Iran, une conscience pour le monde

La disparition de Marjane Satrapi a suscité une vague d’émotion bien au-delà du monde artistique. Pour plusieurs, elle était l’autrice de Persepolis, cette bande dessinée devenue un film culte. Pour d’autres, elle incarnait la résistance, la liberté de pensée et le refus de la soumission. Elle représente surtout une figure rare : une intellectuelle capable de dénoncer l’oppression sans jamais renier son peuple.

Née à Téhéran en 1969 dans une famille instruite et politiquement engagée, Marjane Satrapi a été témoin, dès son enfance, de la transformation radicale de son pays après la révolution de 1979. À 10 ans, elle voit l’imposition du voile à l’école, la restriction progressive des libertés et l’installation d’un régime qui prétend parler au nom de la religion tout en contrôlant la vie des individus, particulièrement celle des femmes.

Son œuvre majeure, Persepolis, raconte cette expérience avec une force exceptionnelle. À travers le regard d’une enfant, puis d’une adolescente, Satrapi montre comment une révolution peut dévorer ses propres promesses. En noir et blanc, avec une apparente simplicité, elle réussit à rendre visibles les contradictions, les peurs, les espoirs et les blessures d’une société entière. Son génie réside précisément dans cette capacité à transformer une histoire personnelle en mémoire collective.

Adolescente, Marjane Satrapi refuse déjà les normes imposées. Elle........

© Le Devoir