Profiter de la Journée de la robe rouge pour chasser la fausse impuissance

Imaginez que votre sœur, votre mère ou votre fille soit portée disparue et que, malgré vos démarches auprès des instances policières pour la retrouver, aucune de vos dénonciations ne porte ses fruits. Vous comprenez que, peu importe le temps et l’énergie que vous mettez pour qu’un processus d’enquête se mette en place, rien ne change. On ne fait que vous ignorer. Pire, on dit que vous mentez. Vous restez donc pris avec votre indignation, votre colère et votre impuissance. Ce scénario est bien réel au Canada, et des milliers de familles autochtones en ont été victimes au cours des 40 dernières années.

Selon la Gendarmerie royale du Canada, 1181 filles, femmes et personnes 2ELGBTQI autochtones ont été assassinées ou portées disparues entre 1980 et 2012. L’Association des femmes autochtones du Canada, quant à elle, estime que le nombre réel pourrait dépasser 4000, en raison de cas non signalés ou mal classés. Les femmes autochtones représentent moins de 5 % de la population féminine, mais environ 1 féminicide sur 5. De plus, les femmes autochtones sont 400 % plus susceptibles que les autres Canadiennes de disparaître.

Au Canada, les femmes autochtones sont touchées de façon disproportionnée par la violence, à un taux effarant : plus de six femmes autochtones sur dix (63 %) ont subi une agression physique ou sexuelle au cours de leur vie. Cette violence se répercute sur toutes les sphères de leur existence.

On a beau multiplier ces statistiques scandaleuses, elles ne semblent pas provoquer l’indignation qu’elles méritent. Elles glissent sur nous sans susciter les mobilisations qu’elles exigent, comme si la répétition de ces injustices avait fini par les rendre douloureusement normales.

Je porte en moi une colère........

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