Ces HLM dont nous avons cruellement besoin

Qu’elle est belle, cette série de portraits sur la vie en HLM publiée dans Le Devoir du 28 février ! Plusieurs locataires vont enfin se reconnaître : Sylvie, qui joue aux cartes tous les jours avec sa voisine isolée par sa déficience ; Roger, qui déneige lors de chaque tempête les autos de ses voisins ; Liette, qui accueille et soigne sa voisine à son retour de l’hôpital ; Mohamed, qui apporte son ordinateur dans la salle pour « aider avec les papiers » ; Chantal, qui prépare des collations pour tous les jeunes du HLM. Enfin, des témoignages touchants qui illuminent les HLM.

À la Fédération des locataires de HLM du Québec, nous avons la chance de parler tous les jours à des locataires de HLM s’impliquant dans leur association. Nous le savons que, dans les grands ensembles comme dans les petits immeubles, au centre-ville comme au fond du rang, dans tous les HLM du Québec, il y a de l’entraide et de la solidarité, il y a ce filet social qui rassure et stabilise, même les plus précaires.

Le problème, c’est qu’il faut attendre longtemps, trop longtemps pour vivre en HLM. Certains meurent avec leur nom toujours sur la liste d’attente. Les locataires attendent longtemps, parce que, depuis 30 ans, il ne se construit plus de logements publics HLM. Il en manque 80 000. Si Ottawa n’avait pas aboli le programme HLM, les 30 000 ménages actuellement inscrits sur les listes d’attente et les 50 000 personnes qui consacrent plus de 80 % de leur revenu au paiement de leur loyer auraient la perspective d’avoir un HLM plutôt que de craindre l’itinérance.

C’est l’heure du choix entre le logement social et le logement abordable. C’est l’heure du choix entre des vies brisées par la précarité, l’attente qui finit par mener les plus mal pris à la rue, et des vies sauvées par le logement social.

Pour les ménages à faible ou très faible revenu, pour les familles nombreuses moins nanties, pour les femmes qui fuient un conjoint violent, pour les aînés qui n’ont pas de fonds de pension, le seul logement abordable est un logement social, un HLM à 25 % de leurs revenus. C’est le seul loyer qui laisse une petite marge pour l’épicerie, devenue si chère, pour les bons médicaments, pour un peu de loisirs.

Les HLM, gérés par les offices d’habitation, sont les seuls logements à être attribués uniquement sur la base des besoins et de la capacité de payer. C’est premier arrivé, premier servi. Pas d’entrevue ni d’enquête de crédit, juste la réponse au droit au logement. C’est la chance de ne pas chuter, c’est une deuxième chance.

Finalement, choisir les HLM, c’est aussi miser sur l’implication sociale des locataires, la participation à la gestion, le bénévolat et la vie associative, le déploiement de l’entraide, l’apprentissage du pouvoir d’agir, individuel ou collectif.

Il est donc plus que temps de faire les bons choix politiques et budgétaires pour régler la crise du logement cher et prévenir l’itinérance. À la veille du budget, les témoignages de vies brisées sur une liste d’attente par opposition aux témoignages de vies sauvées par les HLM vont-ils convaincre la Coalition avenir Québec de relancer un programme HLM ?

L’ajout d’un volet HLM dans le Programme d’habitation abordable Québec s’impose, et l’argent de Maisons Canada peut très certainement y être consacré. Si la Coalition avenir Québec ne donne pas les coudées franches aux offices d’habitation et les budgets pour construire 5000 HLM dès cette année, les partis qui aspirent au pouvoir cet automne vont-ils s’engager à le faire ?

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