De la Rome antique à Paris, cette justice qui dérange

À Rome, au Ier siècle avant J.-C., sous la République, le premier des sénateurs (princeps senatus), Marcus Aemilius Scaurus, homme considérable, issu d’une famille prestigieuse, fut cité en justice par un tribun de la plèbe, Varius. Mêlé à diverses affaires de corruption et accusé d’avoir attenté à la « majesté du peuple romain », Scaurus se fendit d’une défense hautaine : « Varius Seuerus, né à Scuro, accuse Scaurus, prince du Sénat, d’avoir appelé les alliés aux armes. Scaurus, prince du Sénat, le nie. Il n’y a pas de témoins. Lequel des deux, citoyens, allez-vous croire ? »

Dans une société aussi fortement hiérarchisée que celle de la Rome antique, dans laquelle l’autorité de l’ordre dirigeant était pour ainsi dire incontestable, la parole du patricien ou du sénateur ayant plus de poids que les faits — et à plus forte raison que l’absence de faits —, Scaurus fut acquitté. Fin de l’histoire.

Quelques années plus tard, en 70 av. J.-C., un homme d’une moindre stature, mais immensément riche et puissant, fut à son tour poursuivi en justice, comme cela était fréquent à Rome. Il s’appelait Caius Licinius Verrès — on aimerait l’imaginer à l’origine du mot « véreux », même si c’est faux : en tant que gouverneur de Sicile, il avait mis la riche province en coupe réglée, pillé les biens publics et privés, tué et torturé des Siciliens, molesté des citoyens romains. Pour mener l’accusation, les victimes avaient choisi un jeune avocat, appelé à devenir le plus célèbre des orateurs romains, Cicéron. Dans sa plaidoirie inaugurale, émaillée de témoignages, ce dernier accabla Verrès de tant de preuves indiscutables........

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