Liberté, égalité, sororité*
Parmi les choses qui me touchent le plus au monde, il y a assurément celles qui sont bien enfouies au creux de nos intériorités, souvent mal comprises au-dehors, et qui ont cette tendance à nous échapper dès qu’on les expose à la lumière du jour. En y pensant bien, je crois que ce sont mes choses préférées de la vie, dans lesquelles je risque bien de me lover jusqu’à cette ultime seconde, juste avant de mourir. L’eau, les rêves, l’inconscient, les poèmes, les visages des personnes aimées depuis toujours et pour toujours, puis, elle aussi, cette chose aux contours insaisissables, et au pouvoir immense : la sororité.
Elle agit souvent en secret, par la transmission de messages codés que nous nous passons de mère en fille, de sœur en sœur, d’amie en amie, dans la chaîne formée de nos résistances. Elle a le pouvoir de détruire pour de bon les murs qui s’érigent entre nous, quand on se prend à jouer dans le grand théâtre remâché des rivalités féminines, lui qu’on aime tant nous présenter comme la preuve ultime du pouvoir destructeur des femmes. On crie alors : « Ha ! » pour dire : « Mais vous voyez bien que les femmes aussi sont capables du pire ! » Le pire, alors, on s’entêtera à plutôt ne pas le voir du côté de ce qui tue, pour une septième fois déjà, ici, et seulement depuis le début de cette année.
On aimera mieux citer les quelques contre-exemples où des femmes (ou des femmes trans) ont tué, où des femmes ont joué du coude, où elles ont été mesquines, toxiques ou malicieuses. Ce sera peut-être rassurant ? On pourra continuer de ne rien changer ou, mieux encore, on se mettra à regretter le temps d’avant, alors qu’il était si aisé de classer les gens selon leur genre, avant de dessiner sur le sol à leurs pieds un petit carré en leur disant : « Voici ton espace et surtout, veille à........
