Au nom du père

Dans le cadre d’une psychanalyse personnelle, nous passons un long et douloureux moment à analyser nos relations infantiles à nos parents, les disséquant notamment sous la loupe de la fameuse lecture œdipienne. Le but premier de cette lente excavation de nos mondes inconscients est d’arriver graduellement à devenir nous-mêmes, des adultes souverains, libres de penser et de vivre en étant, le plus possible, dégagés des structures infantiles. C’est aussi, si on transpose cette grille de lecture au collectif, une manière de « faire progrès » autrement qu’en adoptant, de manière cyclique et répétitive, des pôles paradoxaux où l’on prétend avancer sans le faire véritablement, avant de revenir épouser avec force des postures régressives et nostalgiques.

Mais la psychanalyse a aussi participé à penser le monde d’une manière hétéronormative et profondément patriarcale qui continue de marquer nos inconscients. Si la société et les mœurs évoluent, les mondes inconscients, eux, demeurent parfois longtemps rétrogrades, jaillissant dans une série de comportements qui persistent, au-delà des éducations, des avancées politiques et des discussions publiques.

Quand on parle, notamment, d’un retour ou d’un backlash des discours masculinistes ou patriarcaux, qui mettent en avant la domination du féminin, la possessivité du corps des femmes, la suppression des émotions et le spectacle de la virilité, je me demande bien sur quels éléments on se base pour parler d’un « retour ». Dans mon monde à moi, pour qu’il y ait retour, il faut qu’il y ait eu d’abord disparition, à moins qu’on parle du fameux « retour du refoulé » qui implique précisément le fait qu’il n’y a jamais eu disparition, seulement dissimulation. Pour qu’un élément disparaisse réellement, en psychanalyse du moins, il........

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