Idées|La cyberviolence sexuelle, phénomène émergent ou aveuglement collectif? Mathilde Wahrheit |
Depuis plusieurs années, chaque scandale lié à la criminalité sexuelle en ligne provoque la même réaction : un sursaut d’indignation, un moment de stupeur, puis un retour à l’oubli. On parle beaucoup de l’enquête de CNN sur le site Motherless, de la réapparition du site de clavardage Coco (tristement célèbre pour avoir été utilisé par Dominique Pelicot afin de recruter des dizaines d’hommes pour violer sa femme, Gisèle Pelicot), des coups de filet internationaux, comme si ces événements révélaient un phénomène nouveau, né des réseaux sociaux ou du dark Web. Pourtant, rien n’est plus éloigné de la réalité : la criminalité sexuelle en ligne n’a jamais été un phénomène émergent. Elle a grandi avec Internet lui-même, et nous vivons dans un déni collectif depuis plus de vingt-cinq ans.
Les premières opérations policières d’envergure remontent en effet au début des années 2000 alors même que l’usage d’Internet se démocratise. En 1998, l’opération Cathedral, menée par la National Crime Squad (NCS) — qui deviendra plus tard la National Crime Agency (NCA) britannique — avec l’aide du FBI, démantelait l’un des premiers réseaux pédocriminels en ligne, le « Wonderland Club ». Plus de 100 suspects avaient été arrêtés dans 13 pays. Le forum qu’ils utilisaient était actif depuis 1995, avec plus de 750 000 images et 1800 vidéos. Autrement dit, la criminalité sexuelle en ligne existe depuis qu’Internet existe.
Les années suivantes ont confirmé cette tendance. En 2003, l’opération Falcon, menée par........