Les pompons de la misère |
Je regarde mes pauvres plantes qui, tant bien que mal, ont réussi à passer à travers l’hiver. Il y a les bébés fougères, qui recommencent à se déployer à mesure que les jours rallongent, une succulente endurante, mais qui semble en avoir ras le bol avec son petit bout tordu, les langues de belles-mères, qui partent dans toutes les directions au lieu de pointer vers le haut, sans oublier cette petite touffe dont je ne sais plus si elle est morte ou vivante… On dirait qu’elles reviennent de la guerre ou d’un combat de coqs.
À la fin de l’été dernier, alors que nous vidions les pots et les jardinières, voyant que je m’apprêtais à me départir de ma Tradescantia pallida, une plante coriace aux longues feuilles violettes, mon amie Clémence m’a conseillé d’en conserver quelques gerbes. « Mets-les dans de l’eau, et oublie-les quelque part dans un coin. C’est pas tuable. Tu vas pouvoir les replanter au printemps prochain. »
Il paraît que cette plante est considérée comme invasive en Afrique du Sud et en Australie. Il paraît même qu’on l’appelle « misère pourpre ». Elle est pourtant mignonne avec ses petits pompons roses. Je la regarde renaître ces jours-ci et je ne comprends pas comment elle s’en est tirée. Voilà que de petites pousses vert tendre se multiplient par-dessus le mauve fatigué, pleines d’espoir pour la suite, en buvant la lumière encore un peu avare du mois de mars. Les petites choses qui arrivent à survivre envers et contre toute attente, malgré un environnement hostile, m’étonnent et m’émeuvent.
Je pense à ce court........