Plaidoyer pour faire de la station Berri-UQAM la station UQAM-Quartier latin

Désireux de contribuer au renforcement de l’identité du Quartier latin et à la collaboration entre l’Université du Québec à Montréal et ses partenaires du quartier, plus d’une trentaine de professeurs émérites de l’UQAM se prononcent pour le changement de nom de la station de métro Berri-UQAM pour UQAM-Quartier latin.

Selon nous, le nom UQAM-Quartier latin, tel que proposé par la Société de développement commercial (SDC), représenterait beaucoup mieux la vocation de l’ensemble de cette partie de la ville, rappellerait son histoire et ses origines francophones, attirerait davantage des visiteurs de l’extérieur du quartier et contribuerait ainsi à sa revitalisation. La relance du Quartier latin, en collaboration avec ses partenaires, fait d’ailleurs partie des priorités de l’UQAM inscrites dans son Plan stratégique 2024-2029.

Il semble que le terme « Quartier latin » ait été employé pour la première fois pour désigner le secteur autour des rues Saint-Denis et Sainte-Catherine à la fin du XIXe siècle. À l’époque, un milieu étudiant et intellectuel commence à se développer à la suite de l’installation, en 1878, d’une antenne montréalaise de l’Université Laval, qui deviendra l’Université de Montréal en 1919. La nouvelle université est située à l’angle sud-est des rues Sainte-Catherine et Saint-Denis.

Un journal publié par des étudiants de l’Université de Montréal, nommé Quartier latin, paraît pour la première fois le 9 janvier 1919.

Après avoir été un lieu d’effervescence intellectuelle pendant plusieurs décennies, le Quartier latin connaît un certain déclin après 1942, date du déménagement de l’Université de Montréal. Lorsque la station de métro Berri-De Montigny est inaugurée le 14 octobre 1966, elle se situe au cœur d’un secteur majoritairement voué aux démolitions, et dont une partie est constituée de terrains vacants. Le nom donné à la station reprend simplement ceux des deux rues sous lesquelles elle est construite.

Selon la Commission de toponymie de Montréal, l’origine du nom de la rue Berri (autrefois écrit « Berry ») est un mystère, mais pourrait faire référence au colon Simon Després, dit Berry. Quant à la rue De Montigny, nommée en 1894 en souvenir de la famille Testard de Montigny, elle venait de disparaître pour devenir une partie du boulevard De Maisonneuve, inauguré en même temps que le métro.

En 1988, la station Berri-De Montigny change de nom pour Berri-UQAM, en reconnaissance du rôle clé de l’Université du Québec à Montréal, dont l’ouverture en 1969 a marqué la renaissance du Quartier latin.

Pourquoi UQAM-Quartier latin ?

Si la suppression du nom « De Montigny » correspond à la disparition de la petite rue du même nom, le maintien du nom « Berri », à l’époque, est lié à l’espoir que cette rue deviendra un jour une voie prestigieuse, comme cela était envisagé dans divers projets urbanistiques et immobiliers. Cela est loin d’être advenu, et le nom de la rue Berri est plutôt associé à de malheureux échecs.

Il est par ailleurs restrictif par rapport à l’installation sur d’autres voies de circulation d’organismes culturels importants qui contribuent au développement du secteur, comme le cégep du Vieux Montréal sur la rue Ontario, la Cinémathèque québécoise et l’INIS sur De Maisonneuve, l’antenne de BAnQ sur Viger, la future Maison de la chanson et de la musique sur Saint-Denis et l’École nationale de l’humour, qui y déménagera bientôt.

Supprimer du nom de la station de métro le nom d’un propriétaire terrien non avéré avec certitude et disparu de longue date, et qui continuera d’exister pour nommer la rue, ne représentera pas un grand préjudice. Au contraire, marquer l’appartenance de l’UQAM au Quartier latin de Montréal tout en contribuant à sa localisation géographique et à sa valorisation constituerait certainement un geste porteur pour l’avenir.

Alors que le Quartier latin souffre encore des séquelles de la pandémie de COVID-19 et des entraves à la circulation causées par les travaux d’infrastructure qui y ont été menés depuis quelques années, un nouveau chantier majeur vient de débuter pour la réfection de la station de métro. Ce chantier, qui doit se poursuivre jusqu’en 2028, viendra de nouveau retarder la pleine renaissance du Quartier latin.

Il nous semble qu’il serait tout à fait opportun pour la Ville de Montréal et sa société de transport de saisir cette occasion pour soutenir les efforts de relance menés par l’UQAM et ses partenaires du quartier en renommant la station UQAM-Quartier latin.

Ont cosigné cette lettre : Michel Archambault (études urbaines) ; Daniel Bélanger (chimie) ; Yves Bergeron (sciences biologiques) ; André Bernard (science politique) ; Marie J. Bouchard (org. et ressources humaines) ; Teodor Gabriel Crainic (sciences de la gestion) ; Claude Dauphin (musique) ; Christian Deblock (science politique) ; Luce Des Aulniers (comm. sociale et publique) ; Francine Descarries (sociologie) ; Pierre Doray (sociologie) ; Jules Duchastel (sociologie) ; Pierre Filiatrault (marketing) ; Jean-Marc Fontan (sociologie) ; Pierre Fortin (sciences économiques) ; Bertrand Gervais (études littéraires) ; Michel Hébert (histoire) ; Danielle Julien (psycho.) ; Gilbert Labelle (mathématiques) ; Danielle Laberge (management) ; Monique Lebrun-Brossard (didactique) ; Claire Lefebvre (linguistique) ; Benoît Lévesque (sociologie), Karen Messing (sciences biologiques) ; Raymond Montpetit (histoire de l’art) ; Serge Proulx (médias) ; Éric Rassart (sciences biologiques) ; Lise Renaud (comm. sociale et publique) ; Jean-Claude Robert (histoire) ; Lucie Robert (études littéraires) ; Lucie Sauvé (didactique) ; Luc-Normand Tellier (études urbaines) ; Yves Vaillancourt (travail social).

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