Éditorial | L’empathie comme résistance |
Les conflits armés sont deux fois plus nombreux qu’il y a 15 ans. Ces bruits de bottes ajoutent de la fureur au bruit déjà assourdissant de la polarisation de nos sociétés. Pas étonnant que l’humanité se replie stratégiquement sur son quant-à-soi. On sait pourtant où ça mène. Hannah Arendt nous a mis en garde en son temps. Obama nous l’a redit maintes fois depuis 2008. Et Bob Rae l’a répété cette semaine au Devoir : quand l’empathie fout le camp, le reste suit trop souvent de près.
L’ex-ambassadeur canadien à l’ONU a raison de dénoncer une « crise de manque d’empathie » qui fait tache d’encre jusque dans nos foyers. Comme il a raison de rappeler à notre mémoire paresseuse cette citation de l’ex-premier ministre Lester B. Pearson voulant que l’aide au développement ne soit pas « une question de charité », mais « d’intérêt mutuel et de responsabilité partagée ». Il y a quelque chose de très beau, de très rare et de très digne dans son appel à cultiver « le sens de l’avenir ».
C’est peut-être aussi ce qui manque le plus à nos échanges sur des sujets inflammables, comme le voile, la natalité ou la vie chère ces temps-ci. Nos canaux de communication omnipotents, imparfaits et polarisants nous enferment dans nos colères et nos peurs au point de court-circuiter les conversations nourrissantes en profondeur. Ces débats au ras des........