Ringuet en mémoire

Le Québec entretient mal la mémoire de ses grands écrivains du passé. Ici, un écrivain mort tombe dans l’oubli. S’il est chanceux, on le fera peut-être servir dans les cégeps à illustrer un courant littéraire, mais ça n’ira pas plus loin.

Qui lit encore Yves Thériault, Roger Lemelin, Anne Hébert, Gabrielle Roy, Gratien Gélinas, Marcel Dubé ou Claude Jasmin en dehors du contexte scolaire ? Ce sont nos classiques ; ils ont écrit des œuvres fortes, universelles. Pourtant, bien des Québécois ne les connaissent même pas de nom.

Je me réjouissais donc d’apprendre la parution d’une biographie de Ringuet (1895-1960), le grand romancier de Trente arpents, œuvre de 1938 considérée comme une géniale expression du crépuscule du Québec paysan. Bonne nouvelle, me disais-je, que ce souci de faire revivre un géant méconnu de notre tradition littéraire.

Or, en commençant à lire Ringuet. La vie et l’œuvre de Philippe Panneton (Septentrion, 2026, 180 pages), je me suis senti un peu déstabilisé. On y parle de littérature canadienne-française et non de littérature québécoise — ça peut se comprendre, me disais-je, c’est pour éviter les anachronismes —, on y cite Barrès et Taine comme si ces références allaient de soi et l’on y évoque « la jeune critique québécoise » en citant un texte........

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