Besoin de littérature

Reprenons une question ressassée : à quoi sert la littérature ? En classe de français, quand la fatigue s’installe et que les bonnes notes ne sont pas au rendez-vous, elle surgit inévitablement dans la tête des élèves.

Elle sort aussi de la bouche de ceux que Proust appelait « les hommes occupés », ceux qui, animés par un souci de productivité qu’ils ne mesurent qu’en choses tangibles et vendables, affirment ne pas avoir le temps de lire et de réfléchir, ces activités pour oisifs.

En réaction à ce discours terre à terre, trop de gens de lettres se sont rabattus sur une défense de l’inutile. C’est Cyrano de Bergerac, le personnage de Rostand, lançant que « non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ». C’est le dramaturge Eugène Ionesco, affirmant que « s’il faut absolument que l’art serve à quelque chose, je dirai qu’il devrait servir à rapprendre aux gens qu’il y a des activités qui ne servent à rien et qu’il est indispensable qu’il y en ait ».

On comprend, évidemment, que, lues avec finesse, ces répliques, loin de conclure à l’inutilité de la littérature, plaident pour une conception élargie de l’utilité. Il reste qu’elles semblent accepter, d’une certaine manière, le constat d’inutilité réservé à la littérature par les béotiens et que, par là, elles manquent de........

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