Le chant des monstres

La fin de l’année vient avec les bilans. On a beau essayer de se concentrer sur le temps réel, tenter de rester dans le moment présent et passer le cap de minuit comme on le fait tous les jours, le renouveau nous fixe avec de gros yeux. J’ai pourtant traversé le changement d’année de la manière la plus banale possible — en regardant l’heure changer sur mon ordinateur —, mais rien à faire, je n’ai pu me retenir de sourire en constatant que j’étais la seule de la maison à avoir remarqué qu’il était minuit. Pendant une minute complète, j’avais 2026 à moi toute seule !

Les invités étaient au sous-sol et il faut dire que le Bye Bye, apparemment, était en retard d’une minute cette année. Je me demandais même s’ils étaient toujours en train de le regarder tellement rien ne se passait. Peut-être que la formule avait été révolutionnée, sautant carrément le décompte. Peut-être que 2026 était arrivée à sec, sans transition lente. Une seule poussée. Naissance !

Je me souviens quand je suis tombée enceinte de ma fille : je le savais avant la science. Le test me disait non, mais moi, je savais que oui. C’était ma troisième grossesse, j’avais beau voir apparaître une seule ligne et pas deux, comme l’aurait voulu un résultat positif, je savais. En rentrant du restaurant ce soir-là, j’avais récupéré le test dans la poubelle, quelques heures plus tard… Eh bien, elle était bien là, la deuxième ligne. Pâle. Très........

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