Boîtes à lunch et de scrutin

Je pense être accidentellement entrée dans une secte. Celle des gens qui marchent après le souper. Ça a commencé très innocemment. Mon mari avait un tapis de marche. Il l’installait devant la télé au sous-sol pour « marcher son mile ». Ça fait très vintage de parler en miles. On dirait qu’on conduit un Winnebago vers la Floride dans les années 1970. Mais à force de faire du surplace sur son tapis, il a fini par me demander d’aller me promener avec lui. Il devait en avoir marre de respirer l’air de la caverne de nos ados. Qui sait ce qu’on peut attraper en avalant l’air des ados ? Sûrement l’air bête.

Alors maintenant, matin et soir, on fait nos promenades de bonhomme et de bonne femme. Au départ, c’était surtout le soir. Je marchais naïvement, loin de me douter de ce qui était en train de m’arriver. Mais en fait, je courais de graves dangers de dépendance. Je me suis mise à observer autour de moi… les autres couples. Parfois des petites familles. Déduisant peu à peu que je n’étais pas seule à avoir attrapé cette maladie. Avant, je voyais les passants comme des gens qui avaient quelque part où aller. C’est comme ça que je les croisais : Ah, ils partent au bureau, ils ont une course à faire, un rendez-vous à ne pas manquer… Mais maintenant, ces gens que je rencontre au bord de la rivière des Prairies et ceux-là qui vont deux par deux, clopin-clopant dans la pénombre, s’arrêtant pour admirer les asters qui fleurissent, les courges qui annoncent bientôt l’automne, ouvrant curieusement les boîtes à livres… Ceux-là… Serait-ce possible qu’ils n’aient........

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