Ça se peut tellement que toute

Je ne peux pas m’absenter deux minutes sans qu’un débat sur les motifs à pois ou le natalisme nationaliste de droite éclate. J’ai essayé d’observer le cours des choses à l’horizontale et, finalement, peu importe la posture, mes sinus explosent et le monde aussi. J’ai failli demander l’aide médicale à mourir (AMM). Avec un peu de chance, je cocherai toutes les cases : plus de 60 ans, femme, progressiste (de la pire mouture, féministe incurable), qui sait lire et écrire, #freethenipple et poitrine modeste.

Si la manosphère s’impose comme elle l’a fait avec MAGA (je recommande énergiquement le documentaire du journaliste britannique Louis Theroux, Inside the Manosphere, financé par Netflix), on se débarrassera des ménopausées comme on l’a fait des sorcières de Salem. Nous ne serons d’aucune utilité.

En attendant, mon angine de sinus se porte bien et je confirme que l’antibiorésistance est un réel sujet d’inquiétude chez les scientifiques (en témoigne cette entrevue avec le bactériologiste Thierry Naas). Première cause de mortalité d’ici 2050, gang, si on n’a pas trouvé un meilleur moyen de s’anéantir. Nous allons revenir aux tisanes de racines de pissenlit. Comme dit mon B avec un humour qu’il n’a pas hérité des voisins : « La sélection naturelle va enfin faire son travail, momz ! » Terminées les espérances de vie de privilégiés assistées par le Big Pharma. Au Népal, je serais déjà une déesse déchue étampée sur un t-shirt.

Merci à ma médecin de famille, que je soudoie en pots de confiture, pour l’aide médicale à vivre (AMV).

Je vous ai glissé un mot sur ce groupe dada pythago-cubiste l’année dernière, ici, après l’avoir vu au MTelus (en première partie de Klô Pelgag). Si ce n’est pas une preuve suffisante de ma relation organique avec les extraterrestres, je ne sais pas ce qu’il vous faut. J’essaie de vous envoyer des messages subliminaux avec un succès bien relatif.

J’ai demandé à mon ex-amoureux français, musicien math punk et sovietwave avec qui j’ai traversé la pandémie (en confinement avec sa guitare électrique, du mush et ses lumières DEL) ce qu’il en pensait : « Je savais que tu me poserais la question ! C’est du math rock microtonal tout pété. » Bref, je vous épargne les détails de nerd (il est pâmé de ouf), et il m’a qualifiée de hipster parce que j’ai vu ce groupe en show avant son succès mondial. J’ai du pif, même pour ça. Faut juste suivre.

Ce qui est le plus drôle dans tout ça, ce sont les commentaires sur la chaîne YouTube de KEXP. Régalez-vous, il y en a plus de 20 000 (et trois millions et plus de vues) : « King Crimson rencontre les Monty Python », « Première chose en 2026 qui a du sens », « La partie weird commence à 0:00 » ou « Les prénoms de bébés les plus populaires au Québec en 2026 : Khn et Klek ».

La « gamification » et le show de boucane

Je prépare mes papiers d’impôts en me disant que ladite contribution va financer des drones. Mark Carney ne vient-il pas d’annoncer qu’il allongeait 32 milliards de dollars pour défendre l’Arctique ?

Notre premier ministre a dû visionner le reportage de la journaliste Julia Pagé — partie se les geler en Arctique et participer à un exercice militaire pour Rad — puis se dire que les Rangers faisaient trop pitié.

Le show de la guerre, la « gamification », se vérifie partout. L’escalade, surtout. On a l’impression d’assister à un jeu de Risk et de Battleship en direct, sur Macarena.

« Dans ce régime, la légitimité se mesure aussi à l’attention qu’on génère », constate la politologue Asma Mhalla dans son essai Cyberpunk, en parlant du régime trumpiste.

« La nouvelle Amérique, cette Amérique-là, est-elle encore une démocratie ou son poison ? Pour le dire autrement, les États-Unis sont-ils encore l’Occident ? » Asma Mhalla, Cyberpunk

« La nouvelle Amérique, cette Amérique-là, est-elle encore une démocratie ou son poison ? Pour le dire autrement, les États-Unis sont-ils encore l’Occident ? »

Si la « furie épique » vous intéresse, j’attire votre attention sur le Substack du politologue et stratège militaire pour la Maison-Blanche durant deux décennies (2001 à 2024) Robert Pape et sur le cours en stratégie militaire qu’il nous offrait dans cet épisode de Diary of a CEO le 12 mars dernier. Après 20 ans de simulations sur cette guerre, il nous explique les trois niveaux d’escalade. Avec l’impact économique mondial de la fermeture du détroit d’Ormuz, nous en serions au troisième.

Si ce n’était déjà dans vos plans, je songerais à cultiver un potager cet été.

La manosphère et l’ambiguïté sexuelle

— Pis ? As-tu visionné Inside the Manosphere ? ai-je demandé à une amie biologiste qui a désormais des douleurs oculaires à force de s’écarquiller les yeux.

— Ouf. J’ai eu besoin de regarder un documentaire sur les capybaras après ça.

— Moi, je me suis tapé un épisode de Queer Eye au Japon par pur instinct yin/yang. Ça rééquilibre les chakras du masculin. Selon Urbania, l’ambiguïté sexuelle pourrait contrebalancer les mascus toxiques.

(J’ai censuré la suite de cette conversation. 13 ans et plus, écrivez-moi en privé. #not)

« Le temps règle tout, dit-on.

Aucun historien ne croit ça. »

Dans Les vagues scélérates, un roman de rupture très réussi, Hélène Rompré fait cohabiter la peine d’Amour avec l’Histoire. C’est habilement ficelé, mordant, et rempli de références sur les première et deuxième guerres mondiales. La prof d’histoire, qui est aussi l’amoureuse déchue, n’est jamais très loin. Et sa sœur de lui conseiller : « Il est trop snob pour boire du café filtre, porte des vêtements de cuir à la cabane à sucre, écrase les autres, ne fait pas grand-chose de sa vie… […] Si tu veux mon avis, c’est le moment. Assassine-le dans un livre. »

Oh, les détails qui tuent.

On déteste ce type de con qui se croit intelligent. La pire espèce ; ils te sous-estiment.

« Peu importe le masque que nous portons, c’est ce que nous cachons ou taisons qui nous définit. » Yasmina Khadra, Le prieur de Bethléem

« Peu importe le masque que nous portons, c’est ce que nous cachons ou taisons qui nous définit. »

The show must go on et l’art adoucit les mœurs… parfois. Le sublime court métrage d’animation canadien La jeune fille qui pleurait des perles de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, qui a gagné un Oscar cette semaine, mérite d’être vu (ou revu). Ça se passe à Montréal et c’est une histoire à regarder en famille. Pour une fois, les gentils triomphent et ça fait du bien. Un conte philosophique comme je les aime. Sur le site de l’ONF (gratuit). Nos impôts servent à ça aussi.

J’ai découpé la caricature de ma collègue Chloé lundi dernier pour l’épingler au-dessus de mon ordi. Ça résume tout. Business comme d’hab. Et j’ai pensé à l’émission de téléréalité Survivor Québec, tournée au Panama désormais. C’est juste moi qui éprouve un malaise ou, même si l’animateur ne mange qu’un seul repas par jour par solidarité avec les participants, ils méritent d’aller faire un tour en Iran ou sur un bateau pneumatique dans la Méditerranée ?

Regarder des candidats volontaires « choisir » leurs défis de survie (avec crème solaire fournie) me rend profondément mal à l’aise, surtout lorsque ça sert à faire grimper des cotes d’écoute. Mais vous savez ce qu’on dit : la réalité n’a pas à être crédible, la fiction, si !

« Les mitrailles qui nous fauchaient comme du blé, les obus qui nous ensevelissaient sous les éboulis de nos maisons, les drones que l’armée israélienne teste encore aujourd’hui sur nous afin d’améliorer leur efficacité, c’était cela la mort naturelle, pour un Palestinien » Yasmina Khadra, Le prieur de Bethléem

« Les mitrailles qui nous fauchaient comme du blé, les obus qui nous ensevelissaient sous les éboulis de nos maisons, les drones que l’armée israélienne teste encore aujourd’hui sur nous afin d’améliorer leur efficacité, c’était cela la mort naturelle, pour un Palestinien »

Être malade, c’est chercher à passer le temps tout en ayant enfin une excuse valable pour les plaisirs coupables. Deux ou trois téléséries m’ont permis de me dérider. J’ai découvert avec ravissement Younger (même créateur que pour Sex and the City et Emily in Paris) avec l’attachante Sutton Foster dans le rôle de Liza. Ça crée une dépendance, j’ai testé sur deux amies, quinqua et sexa. Ça fonctionne pour les milléniaux aussi. Vous avez aimé Sex and the City (les personnages de Younger sont plus attachants, selon moi) et Girls ? Bingo.

Younger est campée dans le milieu littéraire new-yorkais (2015-2021) ; on y traite d’âgisme au féminin (y en a un autre ?). Les comédiens sont excellents et les dialogues ont du piquant. De quoi maintenir mes signes vitaux durant sept saisons. Sur Netflix.

Quant à la série keb du restaurant Casse-Gueule, elle a mis un baume sur cet hiver gris à souhait. Personnages attachants et Montréal en sourdine, Mylène Mackay toujours sur la coche et Émile Schneider, excellent en chef cuisinier badass qu’on ne voudrait pas avoir comme chum. Bref, du pain (au levain) et des jeux. Que voulez-vous de plus, sinon une deuxième saison ? Sur Crave.

Aujourd’hui, 20 mars, à 10 h 46 précises, ce sera Norouz, le Nouvel An iranien. J’ai assisté une fois à cette fête chez une amie iranienne. C’est un festin chargé de symboles, tous importants. À tous mes amis d’Iran, je souhaite du sabzeh à profusion, pour la renaissance, et de l’eau de rose pour son pouvoir magique nettoyant. Le printemps pousse, même dans la cendre.

Mon B regarde un vieux reportage des archives de Radio-Canada, de l’époque où j’étais chroniqueuse resto au TJ de 18 h. J’avais son âge.

— Tu devais être drôle, momz, quand t’étais pas encore tannée des humains !

On va appeler ça le mot de la fin.

cherejoblo@ledevoir.com

Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées. Il s’agit d’une chronique et, à ce titre, elle reflète les valeurs et la position de son auteur et pas nécessairement celles du Devoir.


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