Rupture ou dangereuse illusion, le recul de l’aide publique au développement?

L’aide publique au développement (APD) est en train de subir un recul historique. En 2025, les pays donateurs de l’OCDE y auront retranché plus de 40 milliards de dollars américains, une chute de plus de 23 % en une seule année, selon les données préliminaires publiées récemment. Jamais, en plus de 60 ans, l’architecture de solidarité internationale n’a été ainsi fragilisée.

Ce basculement est souvent attribué à la disparition de l’agence américaine USAID. Ce serait se tromper de diagnostic. Ce n’est pas un accident isolé, mais un mouvement simultané : l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la France concentrent à eux seuls l’essentiel de cette contraction. Le Canada suit la même trajectoire. Après un sommet d’environ 10 milliards $US en 2022, son effort sera réduit de près de la moitié d’ici la fin de la décennie.

Nous assistons à un recul collectif de la majorité des pays donateurs. Et pourtant, l’APD aura contribué à produire des résultats tangibles. En quelques décennies, l’extrême pauvreté mondiale est passée d’environ 40 % à près de 10 %. La scolarisation primaire s’est généralisée. La mortalité infantile a été réduite par un facteur de cinq. La faim chronique a reculé de façon spectaculaire. Ces gains ne sont ni abstraits ni anecdotiques : ils ont transformé des centaines de millions de vies.

À l’échelle historique, l’effort reste modeste. Depuis 1960,........

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