Serge Bouchard et l’extraordinaire de l’ordinaire |
Serge Bouchard m’avait raconté une histoire. Il a dû la raconter souvent puisque les conteurs ne cessent de se répéter. Cela fait partie de leur métier. Ils ont compris que lorsqu’on est fatigué de sa propre voix, on ne se trouve pas même à moitié du chemin qui, espère-t-on, nous mènera quelque part.
Je disais donc que Serge m’avait raconté une histoire. Une histoire toute simple. Une de ces histoires dont il avait le secret. C’était un jour d’hiver. Il faisait un froid polaire. On l’avait invité à parler dans le Nord. Tôt le matin, il avait pris la route. Sa conférence devait avoir lieu dans un centre communautaire qu’il trouva après quelques détours, heureux d’arriver enfin. Son bazou stationné, il pénétra dans l’endroit avec la vitesse maximale dont était capable un vieux mammouth laineux comme lui. Une fois à l’intérieur, après s’être frotté les mains pour se les réchauffer, Serge s’alluma une cigarette. La cigarette fut longtemps, peut-être le savez-vous, un des secrets de l’entretien des voix caverneuses qui peuplaient les ondes radiophoniques. Beau temps mauvais temps, pour en maintenir les graves, il fallait voir à les enfumer avec une certaine régularité.
Serge fit craquer une allumette avec sa cigarette au bec. Il n’avait pas sitôt une petite flamme au bout des doigts, racontait-il, qu’un employé zélé lui fit remarquer qu’il était strictement interdit de fumer dans le bâtiment. « Vous n’allez tout de même........