Le syndrome de l’imposteur
Quand le chef et fondateur de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, entre dans l’antichambre du salon Rouge, en ce 15 novembre 2016, il se trouve en présence d’une rare concentration de leaders indépendantistes. Lucien Bouchard y est, comme Bernard Landry, François Gendron et moi, qui suis alors chef du Parti québécois (PQ).
Landry accueille Legault d’un mot sarcastique dont il a le secret, mais que mon souvenir n’a pas capté. L’avant-veille, le congrès de la CAQ avait fait modifier l’article 1 de sa constitution pour y indiquer que l’ensemble de son action devait se déployer à l’intérieur du Canada. Legault avait même déclaré être « fier d’être Canadien ».
Legault (que nous appelons tous « François »), à qui nous n’avons rien demandé, se met à s’expliquer. « Je ne voulais pas le dire, mais c’était dans le point de presse, et les journalistes ne me lâchaient pas. “Êtes-vous fier d’être Canadien ?” J’esquivais. Mais ils me l’ont redemandé deux, trois, quatre fois. Alors j’ai dû… »
Son récit est accueilli par un silence gêné. Il est en train de s’excuser auprès de sa vraie famille politique de son récent écart. S’attend-il à une absolution ? Il ne l’aura pas.
Lors de son dernier et excellent discours à l’Assemblée nationale, le premier ministre sortant a avoué avoir été pris du syndrome de l’imposteur, ce sentiment de ne pas être, à tort ou à raison, à la hauteur de la tâche. Dans le cas de François Legault, l’imposture décrit cependant un autre aspect de son aventure politique. Je ne le dis pas pour l’accabler, mais pour éclairer ce personnage, important, de notre histoire récente, ainsi que l’échange codé qui a eu lieu, le jour de son départ, entre lui et le chef du PQ.
Posons d’abord l’invariant sans lequel rien n’est intelligible : François Legault souhaite que le Québec devienne un jour indépendant. Des conseillers attestent que, certains jours de conflit avec Ottawa, l’indépendantiste perçait, en privé, sous le vernis de « l’autonomiste ». C’est parce qu’il a conclu qu’aucune majorité indépendantiste n’était envisageable dans l’avenir prévisible qu’il a choisi un autre chemin : « Si Lévesque, Bouchard et Parizeau n’ont pas réussi, qui sommes-nous pour penser y........
