La synergie est source de vie |
L’éclosion de la vie sur Terre a été rendue possible grâce à la simultanéité et à la convergence de multiples contingences favorables et au travail synergétique de forces et d’éléments divers amalgamés en proportions adéquates. Particules élémentaires, protons et électrons, ions positifs et négatifs, eau, azote, oxygène, protéines, acides aminés, acides nucléiques, ADN et autres molécules organiques complexes se sont réunis pour former des organismes de plus en plus évolués et intelligents.
Les océans, la lumière et les continents ont concocté, Dieu seul sait comment et pourquoi, un savant mélange de sel, d’eau, d’oxygène et de gaz carbonique, un pH équilibré, un climat tempéré et une atmosphère qui protège des rayons cosmiques, ce qui a permis l’éclosion de la vie telle qu’on la connaît.
La Terre demeure encore à ce jour un joyau rare, étant la seule planète connue compatible avec la vie intelligente au sein de notre immense univers vieux de 13 milliards d’années et aux dimensions astronomiques. Homo sapiens, lorsqu’il travaille en symbiose avec ses congénères et avec la Terre nourricière, peut accomplir des merveilles, marcher sur la Lune, créer de grandes civilisations, permettre l’essor des sciences, de la philosophie, des hautes technologies et de l’intelligence artificielle.
Si la vie et le progrès sont nés de la synergie, son contraire, l’antagonisme, sème la mort et le chaos. Homo sapiens est capable du meilleur et du pire. L’homme est un loup pour l’homme. Il peut semer la haine et tout détruire sur son passage. Les humains s’entretuent allègrement en guerroyant au sujet de la race, de la religion, du sexe, des droits de la personne, des orientations sexuelles, de la nationalité, de la richesse, de l’argent, des conflits commerciaux, du pouvoir, des ressources naturelles, des frontières, du trafic de drogue, etc.
Il est tentant de comparer la planète Terre à un organisme vivant qui dépend de son homéostasie pour vivre. En effet, des excès ou, au contraire, des carences peuvent outrepasser les mécanismes d’adaptation et causer la mort. Une hypercapnie, une hypoxie ou une acidose secondaires aux GES peuvent être létales pour les animaux marins.
Homo sapiens, depuis le début de la révolution industrielle, chambarde les écosystèmes en exploitant à outrance les ressources et en essaimant des polluants et des GES dans l’environnement pour satisfaire son avidité insatiable de surconsommation. Il met ainsi en danger les fragiles capacités exceptionnelles de la Terre à maintenir l’homéostasie, essentielle à la vie.
Si la synergie, la solidarité et la coopération pour atteindre un but commun sont gages de vie, la guerre, la haine, l’antagonisme et l’égoïsme sont gages de mort. Les hommes n’ont pas à espérer la Terre promise ou le Messie. Il ne tient qu’à eux de sauver le joyau qu’on leur a gratuitement donné et de s’unir pour éviter l’extinction.
Le cerveau des abeilles mesure moins d’un millimètre cube, comparativement à un million cinq cent mille pour l’humain. Cette différence n’empêche pas les abeilles de vivre dans une société où la reine, les ouvrières et les faux-bourdons travaillent tous au bien-être commun de la ruche selon leurs capacités respectives sans conflits. Homo sapiens pourrait certainement s’inspirer de ce modèle de société altruiste pour assurer sa survie.
Une autre métaphore me vient à l’esprit au sujet de la synergie. La fission nucléaire crée de dangereux déchets radioactifs alors que la fusion crée de l’énergie propre. Les multiples menaces existentielles actuelles méritent une réponse solidaire synergétique, source de vie plutôt que d’affrontement continuel, source de mort.
Tuer ses semblables est un suicide collectif. Nous avons tous besoin les uns des autres pour survivre. Détruire la biodiversité et l’environnement pour des plaisirs éphémères, c’est se tuer soi-même. Même alliée à la plus puissante des IA, la science humaine ne pourra pas réanimer une biodiversité agonisante une fois certains points de bascule outrepassés, surtout si la société humaine demeure fracturée et irrespectueuse des autres et de la planète et continue à pécher par hubris et égocentrisme.
Homo sapiens tient son destin entre ses mains. À lui maintenant de prouver qu’il est assez intelligent pour orchestrer sa propre survie à long terme et préserver sa plus grande richesse qu’est une planète Terre en santé et en paix.
Comment convaincre la société que les actions de l’Homme devraient toujours avoir pour but le bien-être et la survie de la collectivité ? On ne peut pas laisser une poignée de ploutocrates, d’oligarques, de théocrates et de tyrans égoïstes et belliqueux conduire huit milliards d’êtres humains vers une extinction certaine en réprimant violemment les efforts sincères de la majorité pour la paix, la justice sociale et la protection de l’environnement.
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