La culture à l’école: protéger un lien essentiel entre jeunesse et relève artistique

On parle souvent de la culture à l’école comme d’un outil d’éveil pour les élèves. On oublie parfois qu’elle est aussi un pilier discret, mais essentiel pour la relève artistique. Derrière chaque sortie scolaire, chaque atelier en classe, il y a de jeunes artistes pour qui ces rencontres représentent bien plus qu’un moment de diffusion ; elle est aussi un lien, un revenu et la possibilité de rester actifs dans leur métier.

Nous sommes d’accord : la culture occupe une place fondamentale dans le parcours éducatif des jeunes du Québec ; elle éveille la curiosité, nourrit l’esprit critique et renforce le sentiment d’appartenance à une culture commune, notre culture. Le programme La culture à l’école joue donc un rôle structurant et précieux.

Si j’écris aujourd’hui, c’est parce que ce programme soutient bien plus que l’accès des élèves aux arts. Il soutient aussi, de façon directe et souvent invisible, une génération de jeunes artistes qui portent la culture jusque dans les écoles, partout au Québec.

Ce sont des comédiennes, des musiciens, des artistes visuels, des créatrices et des créateurs de la scène et de l’audiovisuel, souvent en début de carrière, qui vont à la rencontre des élèves. Ils proposent des œuvres ancrées dans le présent, sensibles aux réalités contemporaines et adaptées aux publics scolaires.

Cette proximité générationnelle crée un lien particulier. Pour les jeunes, rencontrer un artiste qui leur ressemble, qui partage des références communes et un langage actuel, transforme l’expérience culturelle. La culture cesse d’être perçue comme quelque chose de lointain ou d’institutionnel. Elle devient vivante, accessible, incarnée. Elle est une expérience que l’on vit, que l’on partage et que l’on prolonge.

Ces rencontres sont tout aussi déterminantes pour les artistes qui les portent. En début de carrière, dans un contexte marqué par l’instabilité des revenus et la diminution de certaines occasions de diffusion, les projets réalisés en milieu scolaire représentent une source essentielle de travail et de développement professionnel. Ils offrent une continuité, permettent d’affiner une pratique, d’atteindre des publics variés et de demeurer actifs dans l’écosystème culturel.

Pour plusieurs jeunes artistes, ces activités constituent un équilibre fragile, mais nécessaire entre création, transmission et viabilité économique. À la Fondation des artistes, depuis plus de 40 ans, nous accompagnons des créatrices et des créateurs professionnels toutes disciplines confondues, qui traversent une période de précarité.

En 2024, près de 65 % des artistes professionnels que nous avons soutenus avaient moins de 35 ans, comparativement à seulement 27 % en 2019. Cette donnée illustre à quel point la précarité touche fortement la relève, et combien les environnements de travail accessibles, comme ceux offerts par la culture en milieu scolaire, sont déterminants pour leur permettre de poursuivre leur parcours.

Les budgets consacrés à la culture à l’école ne soutiennent donc pas uniquement l’accès des jeunes à la culture. Ils contribuent directement à la vitalité de l’écosystème artistique québécois. Réduire ces investissements risquerait assurément d’appauvrir l’offre culturelle proposée aux élèves, tout en fragilisant davantage une génération d’artistes déjà confrontée à de nombreux défis.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a, au fil des années, affirmé son engagement envers la démocratisation culturelle et la jeunesse. Le maintien des budgets consacrés au programme La culture à l’école et aux sorties scolaires s’inscrit pleinement dans cette vision. Il s’agit d’un choix structurant, dont les effets positifs dépassent largement le cadre scolaire.

Soutenir la culture à l’école, c’est reconnaître que la transmission culturelle commence par l’expérience. C’est aussi reconnaître que cette expérience repose sur des artistes bien vivants, capables de créer des liens authentiques avec les jeunes, dans leur langage et à partir de leurs réalités.

Par ce texte, je veux souligner que protéger l’accès des jeunes à la culture, c’est aussi protéger celles et ceux qui la portent : nos artistes en devenir. Préserver ce lien, c’est faire le choix d’un investissement à long terme, éducatif, social et culturel et permettre à une relève artistique de s’enraciner durablement au Québec.

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