Penser la condition québécoise dans son universalité

En des temps angoissants comme ceux que nous vivons, alors que des repères profonds semblent menacés, on comprend que certains esprits soient incités à la légèreté, aux divertissements, autrement dit : à la fuite. Mais d’autres trouveront peut-être là une occasion de penser la condition québécoise en profondeur, dans sa singularité, et de la situer par rapport aux autres nations en la projetant à l’échelle du monde, en l’universalisant en quelque sorte. Il s’agirait de transposer ici en français une tradition intellectuelle européenne dont nous nous sommes beaucoup nourris sans vraiment nous l’approprier.

La Révolution tranquille, par exemple, s’est largement appuyée sur des emprunts, comme en témoignent la pensée anticolonialiste, la réforme de l’État, la redéfinition de la nation, l’analyse des clivages sociaux, les réorientations de l’économie, les formes de la modernité, la refonte du système d’enseignement. Autant de sujets sur lesquels nous aurions pu laisser notre marque. Nous avons emprunté plus que nous avons rendu. Comme chercheurs ou intellectuels, nous avons peu théorisé, dans nos termes propres, les grands sujets qui s’offraient à notre réflexion — sauf peut-être la laïcité, qui, malheureusement, vient d’être réduite à un bricolage législatif répressif et arbitraire. On notera aussi qu’avec l’interculturalisme, nous avons conçu un modèle original du vivre-ensemble que nos gouvernements ont refusé d’adopter.

L’absence de « classiques » québécois dans le panthéon occidental serait-elle le fait d’une petite nation intimidée, de l’héritage d’un passé de colonisés marqué........

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