Le gavage cinématographique

Apprendre, dans un article récemment paru dans La Presse, que le film Amour apocalypse, d’Anne Émond, sera projeté à une vitesse multipliée par 1,5 aux Rendez-vous Québec Cinéma appelle, me semble-t-il, une réaction ferme. En effet, ce geste, loin d’être anecdotique, constitue le symptôme d’une dérive dont la portée dépasse largement le seul cadre du septième art.

Projeter un film à une vitesse multipliée par 1,5 « afin de s’adapter aux habitudes de visionnement de la génération Z », ce n’est pas une idée audacieuse. C’est une capitulation. Plus encore, c’est un acte d’une profonde inconscience. Cette proposition révèle à quel point nous cédons à une culture de l’accélération et de l’impatience, où toute œuvre, toute pensée, toute expérience humaine devrait désormais se soumettre à la logique plate du divertissement.

Que reste-t-il d’un plan pensé dans sa durée ? Que reste-t-il d’une respiration, d’une hésitation, d’une émotion trouble, quand tout doit obéir aux impératifs de vitesse et de consommation ? Les corps se mettent à bouger faux. Les voix perdent leur gravité. La trame sonore se défigure. Le........

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