Réactionnaires

Avec la popularité grandissante des courants masculinistes et des idéologies conservatrices sur le genre auprès des jeunes, il m’arrive de repenser à ma grand-mère, qui aurait eu 100 ans cette année. Je me sens privilégiée, oui, d’avoir entendu ma grand-mère expliquer, alors que des élections étaient en cours, qu’elle ne voudrait tout de même pas « annuler » le vote de son mari.

C’est que ma grand-mère m’a aidée à comprendre exactement d’où l’on vient, comme femmes québécoises.

Née en 1926 à Saint-Romuald (Lévis), ma grand-mère a été éduquée par les religieuses du couvent local dans les années 1930 et 1940, avant de devenir mère de famille dans les années 1950. Cette idée que les femmes pouvaient « annuler le vote » de leur époux a beaucoup circulé à partir des années 1930 alors que le clergé et les conservateurs se mobilisaient contre le droit de vote des femmes au Québec, finalement obtenu en 1940. Les opposants au suffrage universel craignaient une menace pour la famille et l’ordre religieux, social, politique et naturel des choses.

Si les valeurs traditionnelles canadiennes-françaises étaient attaquées par les libéraux et les élites urbaines, alors les coins les plus conservateurs du Québec — encore aujourd’hui, ça inclut Lévis — allaient les défendre. Si les femmes faisaient des avancées sur le plan légal, il fallait compenser en insistant d’autant plus dans leur éducation sur leur devoir de loyauté, d’obéissance et de soumission conjugale. Pour que ma grand-mère me parle de ne pas « annuler » le vote de mon grand-père dans les années 1990, c’est qu’il y a........

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